Monday, March 09, 2015

Et soudain le Talmud : la domination de l'homme sur la nature est intrinsèquement nouée à la domination de l'homme sur l'homme.


« Et donc évidemment avec un nom comme ça on ne peut que bien traduire… surtout quand il s'agit de Cabale. On est en plein dans la Cabale. Et donc Désiré Elbeze comment est-ce qu'il traduit ? Voilà : "Rabbi Shimon prit la parole et dit : — Tout ce qu'ils ont institué ils ne l'ont fait que pour servir leurs intérêts : ils ont aménagé l'habitat pour pouvoir y installer des prostituées, construit des bains pour leur propre plaisir et lancé des ponts pour encaisser un droit de péage." Et ça c'est une traduction littérale. Une traduction littérale où éclate d'emblée la raison de la colère de Rabbi Shimon et la puissance politique de son propos. Puissance politique qui est rendue par la littéralité de la traduction du rabbinat et qui est occultée par la spiritualisation d'Abraham Heschel et de Guy Casari. Parce que finalement c'est ça qui est intéressant dans l'orthodoxie, c'est qu'elle est la garde de la lettre, même dans son inconscience au fond. Donc même si on peut penser que l'orthodoxie ne réfléchit pas à la portée politique de ces propos de Rabbi Shimon au moins elle en a la garde… par sa fidélité à la lettre. Et c'est d'autant plus flagrant ici que l'inconscient du signifiant il est écrit dans le nom du traducteur, qui est un nom cabalistique. »

Monday, May 05, 2014

Comme Un Vernis Sur Les Mots




(Si Le Tigre passe par là et qu'il trouve vraiment dégueulasse de poster un scan PDF tout pourrite de ce superbe article ici, qu'il le dise là, https://twitter.com/loloster, et il sera supprimé à l'instant.)

Wednesday, April 23, 2014

Sur le passage de quelques personnes…



« — On ne conteste jamais réellement une organisation de l'existence sans contester toutes les formes de langage qui appartiennent à cette organisation.
— […]
— Nous ne pouvions rien attendre de ce que nous n'aurions pas modifié nous-même. Mais autour de nous le sommeil.
— […]
— L'être est à ce point consommé qu'il a perdu l'existence.
— […]
— On nous abîme, on nous sépare, les années passent et nous n'avons rien changé.
— Encore une fois le matin dans les mêmes rues, encore une fois la fatigue de tant de nuits pareillement traversées. C'est une marche qui a beaucoup duré. Vraiment difficile de boire d'avantage.
— Évidemment on peut à l'occasion en faire un film. »

Monday, April 21, 2014

Les Rituels — Je me parle à moi même (Fantazio)

Je me parle à moi même
Ooh ma tête va exploser
Ooh c'est les enduits des murs
Qui ne laissent rien passer
Je cherche les rituels
Disparu dans la ville
Un petit rossignol
Gronde là sous nos pieds

(Pour les Oreilles c'est là > Fantazio, Hotest Wind Les Rituels)

Saturday, August 17, 2013

Pour une nouvelle installation de Cygwin en x86_64


Ok. Il y a désormais une version 64 bits (x86_64) de Cygwin.

Comment faire la mise-à-jour de son installation 32 bits (x86) mitonnée aux petits oignons (+500 packages) dont on a du se contenter pendant des années sur un système 64 bits (windows 7 par exemple), qui marchait très bien - qui marche encore très bien d'ailleurs, il suffit juste de lancer le setup-x86.exe du site de Cygwin, setup.exe ne fonctionnant plus.

Afin de s'éviter une sélection à la souris de la centaine de packages dans le programme du setup de Cygwin l'idée est de réutiliser la base d'installation (les packages installés/mis-à-jour) de l'ancien cygwin (ie x86)

après l'installation 64bits de base, lancer un terminal cygwin64

relancer setup-x86_64.exe avec les arguments des packages à installer

User@box ~
$ cd /cygdrive/c/Download/Cygwin
User@box ~
$ ./setup-x86_64.exe -P  $(diff /cygdrive/c/cygwin64/etc/setup/installed.db  /cygdrive/c/cygwin/etc/setup/installed.db |grep '>' |cut -d ' ' -f 2 |grep -v '^_'|tr  '\n' ',')

la configuration/migration de /etc et ~/. est laissée en exercice au lecteur (on pense aux clés sshd et ssh http://www.howtogeek.com/howto/41560/how-to-get-ssh-command-line-access-to-windows-7-using-cygwin/)



un fois réglés ces petits détails on peut remplacer les services cygrunsrv et sshd (ainsi que leurs règles de firewall) par leurs versions 64 bits : dans regedit remplacer les occurrences de C:\cygwin\ par C:\cygwin64\. Et mettre la variable WOW64 des clés de ces deux services à 0. Evidemment ;)

User@box ~
$ net start sshd
Le service CYGWIN sshd démarre.
Le service CYGWIN sshd a démarré.


HTH

Saturday, July 13, 2013

« Et c'était quoi le problème ? »


   Au début de notre amitié, lorsque Ray était fauché, instable et inquiet pour son avenir, ma « plouquerie », comme il disait, le mettait dans une rage folle, et, à plus d'une reprise, il menaça avec une sincérité glaçante de m'exploser la tronche. Et même si, au fil des ans, avec l'acquisition de ses deux établissements et d'une maison à Westport, il s'était en quelque sorte assagi, son tempérament latin, aussi indélébile qu'une tache de naissance, finissait systématiquement par prendre le dessus. Un jour, rendu fou par la bêtise d'une opératrice téléphonique, il ferma le poing et, en reculant de quelques pas, fit ce que chaque New-Yorkais a forcément déjà rêvé de faire : il écrabouilla de toutes ses forces le téléphone mural, qui tomba en morceaux sur le sol de la cuisine de son restaurant. Gêné, il dit à son barman qu'il avait quelques courses à faire et qu'il voulait que le téléphone soit réparé à son retour.
   Quelques heures plus tard, il appela le restaurant, parla de choses et d'autres, puis demanda abruptement : « Ils ont réparé le téléphone ? »
   Lorsqu'on lui répondit par l'affirmative, Ray dit : « Et c'était quoi le problème ? »

Frederick Exley, À l'épreuve de la Faim, 1974


Saturday, May 18, 2013

Fluxfilm Anthology (1962-1970) (une sélection)



Fluxfilm Anthology (1962-1970) : http://www.ubu.com/film/fluxfilm.html

une sélection :

Monday, December 31, 2012

… et si j'ai le temps.


Je jette les lettres dans un tiroir, et je ramasse la fleur d'oranger qui vient de tomber à terre et sur laquelle j'ai mis le pied… Ah ! si l'on pouvait les araser ainsi, tous les souvenirs du passé ! Papier peint, carton, fil de fer, bouts de chiffons poissés de colle – saleté – on met ça sous globe, en France, sur un coussin de velours rouge orné d'une torsade d'or, comme si les caroncules myrtiformes ne suffisaient pas… Souvenirs ! Souvenirs !… Et tous les autres, les souvenirs, conservés dans la mémoire comme en un reliquaire, ces vestiges du passé pendus aux parois du cerveau ainsi que les défroques des noyés aux murailles de la Morgue, ces débris de choses vécues qui secouent leur odieuse poussière sur les choses qui naissent pour les ternir et les empêcher d'être, couronnes mortuaires, couronnes nuptiales, épithalames et épitaphes – Regrets éternels… Oui, éternels, les regrets et les aspirations. Et quant au Présent… Je lance la fleur dans le feu qu'Annie vient d'allumer car l'automne est arrivé, l'automne pluvieux et noirâtre de Londres.
Une lueur blafarde et lugubre tombe d'un ciel bas comme une voûte de cave, lueur de soupirail agonisant sans reflets dans la boue hostile et spongieuse. S'il faisait nuit, tout à fait nuit !… Voilà la tonalité de mon esprit, depuis un mois, depuis que nous sommes revenus de Belgique, Roger-la-Honte et moi, après avoir fourni la matière d'un beau fait-divers aux journalistes de Louvain. Triste ! Triste !… Non, Hélène n'est plus la petite femme qui se pressait contre moi ; elle ne sera plus jamais cette femme-là. Qu'elle triomphe ou qu'elle échoue, que la vie lui soit marâtre ou bonne mère, elle ne sera plus jamais cette femme-là – la femme que j'aurais voulu qu'elle fût toujours. C'est drôle : on dirait que je lui garde rancune d'avoir agi comme je l'ai fait… d'avoir refusé l'existence qu'elle me proposait, existence possible après tout, avec la liberté assurée, et non sans douceur certainement. On rêve de la femme par laquelle l'univers se révèle – effigie qu'on traîne derrière soi, image qui s'estompe dans les lointains de l'avenir ; et, toujours hantée par le spectre du souvenir et la préoccupation du futur, la pensée se prend de vertige devant Celle qui a la bravoure de s'offrir ; elle semble, Celle-là, la mystérieuse prêtresse d'une puissance redoutée. Le Présent effraye.
Je ne devrais pas en avoir peur, pourtant, moi qui ai voulu vivre droit devant moi, en dehors de toute règle et de toute formule, moi qui n'ai pas voulu végéter, comme d'autres, d'espoir toujours nouveau en désillusion toujours nouvelle, d'entreprise avortée en tentative irréalisable, jusqu'à ce que la pierre du tombeau se refermât, Avec un grincement d'ironie, sur un dernier et ridicule effort… Vouloir ! La volonté : une lame qu'on n'emploie pas de peur de l'ébrécher, et qu'on laisse ronger par la rouille… Ah ! il y a d'autres liens que la corde du gibet, pour rattacher l'homme qui se révolte à la Société qu'il répudie ; des liens aussi cruels, aussi ignoble, aussi inexorables que la hart. Libre autant qu'il désirera l'être, si hardie que soit l'indépendance de ses actes, il restera l'esclave de l'image taillée dans le cauchemar héréditaire, de l'Idéal à la tête invisible, aux pieds putréfiés ; il ne pourra guérir son esprit de la démence du passé et du délire du futur ; il ne pourra faire vivre, comme ses actions, sa pensée dans le présent. Il faudra toujours qu'il se crée des fruits défendus, sur l'arbre qui tend vers lui ses branches, et qu'il croie voir flamboyer l'épée menteuse du séraphin à l'entrée des paradis qui s'ouvrent devant lui. Et son âme, fourbue d'inaction, ira se noyer lentement dans des marécages de dégoût… Des sanglots me roulent dans la gorge et éclatent en ricanements… Allons, il faut continuer, sans repos et sans but, faire face à la destinée imbécile jusqu'à la catastrophe inévitable – dont je retirerai une moralité quelconque, inutile et bête, pour tuer le temps, et si j'ai le temps.

Le Voleur, G. Darien, 1896




« Cependant, il ne faut rien prendre au tragique. »
Ibid.

Thursday, October 18, 2012

« Les arrestations ne se passent pas toujours si simplement. »

Les arrestations ne se passent pas toujours si simplement. « Rapport du 2 mai 1785, à 6 heures du soir de la garde de Paris en poste à Vaugirard. Florentin, sergent de garde à Vaugirard, ayant été requis par le sieur Dupont, marchand de vin, au sujet de plusieurs particuliers qui, étant à boire chez lui, avaient fait tapage, cassé des pots de verre et ne voulaient pas les payer ni même le vin qu'ils avaient bu, nous y avons été et la plus grande partie s'était évadée à l'exception de Durant, tailleur de pierre, qui était arrêté ainsi que Hurlot aussi tailleur ; lorsque nous avons été en chemin, ils ont accouru derrière nous une soixantaine d'autres tailleurs de pierre qui ont sauté sur nous pour nous ravir les deux arrêtés, j'ay fait mettre la baïonnette et eux, voyant qu'ils ne pouvaient plus approcher, ont pris pierres et pavés et nous les ont jetés dont le nommé Gateblie, appointé de mon escouade, a été frappé aux jambes, aux reins et au visage et dont il est dangereusement blessé. La garde à Vaugirard est venue nous prêter main-forte, avons pu arrêter les deux prévenus et un autre, mais averti il y avait encore une embuscade j'ai envoyé chercher 2 sections d'infanterie et la brigade de cavalerie du poste de la Contrescarpe pour nous prêter main-forte et les conduire en prison, et ensuite avons fait fermer les cabarets. » Deux sections d'infanterie et une brigade de cavalerie pour conduire en prison trois tailleurs de pierre : l'affaire – banale dans le nombre des émeutes qui émaillent les dernières années de l'Ancien Régime – est exemplaire : le guet dans les villes ou la maréchaussée dans les campagnes sont souvent débordés par la foule en colère. Quand les choses tournent mal, il faut faire appel à l'armée, et dès les premiers jours de la Révolution on verra à quel point elle est peu sûre.

Eric Hazan, Un histoire de la Révolution française, La fabrique, 2012


Wednesday, October 03, 2012

« Tout sauf régulière. »

Fin mai, il avait écopé de vingt piges. La semaine suivante, le 5 juin, Roger l'avertit par l'avocat qu'elle s'était tirée de la rue Manin sans laisser d'adresse. Il la traqua dans Paris. Elle semblait s'être évaporée. Disparue.
Pourtant Claire n'était pas une aventurière. Elle était si casanière. Toujours lovée comme une chatte près de la cheminée. Un verre de vodka. Un peu d'herbe. Un stick ou deux. Et elle ne bougeait plus de la planque. Elle patientait. D'énormes écouteurs noirs sur les oreilles. Elle découvrait les vieux vinyles de Paul. Des trucs de groupes zarbis de la fin des années 1960. King Crimson. Black Sabbath. Amon Düül II. Soft Machine. Hawkwind.

Claire se voulait une femme-objet. Courtisane. Et finalement leur relation apportait la plénitude. Lui, il souhaitait la trouver là quand il rentrait. À toute heure. Parce que la vie d'un braqueur est tout sauf régulière.
Et Claire était là. Nue sur la terrasse, l'été. Long corps blond sur une serviette rouge. Un verre vide. Un cendrier avec une Camel qui se consumait lentement. L'hiver, elle se recroquevillait sur le canapé. Les pieds ramenés sous ses fesses. Un pull angora. Un livre. Des babouches marocaines de cuir fauve. On aurait dit qu'elle faisait partie des meubles. Qu'elle avait été louée avec l'appartement. Un peu comme dans Soleil vert.
Depuis qu'il était recherché, Paul ne sortait plus le soir. Ce n'est pas qu'il aimait le faire par le passé. Mais là, c'était devenu impossible. Il ne fréquentait plus personne, à part Roger et quelques vieux potes de zonzon. Ils vivaient donc en tête-à-tête à la manière d'un couple comme les autres. Avec ses rites et ses habitudes. Ses chamailleries sans remords.
Claire était jeune. Elle avait presque quinze ans de moins que lui. Pourtant, cette vie lui convenait. Elle détestait les tracas quotidiens. Elle était si désarmée devant la vie. Elle n'aimait ni le travail ni les paperasses.
Pour vivre, il suffisait d'ouvrir le placard et de plonger les pattes dans le grand sac noir. Tirer une liasse. Faire glisser la petite bande de plastique de couleur verte. Et voilà… Elle tendait la liasse.
— Paul, tu peux me ramener…
Et elle ajoutait une liste de livres ou d'autres choses.
Et Paul faisait les magasins.

Jann-Marc Rouillan, "Paul des Épinettes et moi".


Wednesday, June 27, 2012

La lettre de tolérance de 1994 de Jean-Pierre Musso

La lettre de tolérance de 1994 de Jean-Pierre Musso tolérant le stationnent des 2 roues sur les trottoirs parisiens en respectant certaines conditions de savoir-vivre.

Charte des 2 roues motorisés du 19 mars 2007 signée entre autre par le maire de Paris expliquant comment se garer correctement sur les trottoirs en l'absence d'espaces réservés à cet effet disponibles.

Sunday, May 13, 2012

Et maintenant…

… qu'est-ce qu'on pourrait faire de marrant. (?)

Tuesday, May 08, 2012

Un message de Denis Robert à François Hollande (http://www.facebook.com/denis.robert)

Le 8 mai 2012,


Cher François,



Nous nous sommes croisés quelques fois lors de cette campagne et je suis ravi que tu ais gagné. Maintenant que tu es dans la place, il va falloir trouver des moyens pour financer ton programme. J'ai trouvé nickel ton positionnement sur les postes à créer dans l'éducation nationale. Mais il y a aussi des problèmes à l'université, à la poste, dans les hôpitaux, le logement, la justice. Les services publics ont été délaissés par ton prédécesseur. Lui et ses amis ne se sont pas privés de t'attaquer sur la faillite qui ne manquera pas d'arriver si tu mets en place tes idées. Les augmentations d'impôts ne suffiront pas. J'ai un chiffre à te soumettre. 30 trillions d'euros. Renseigne-toi, c'est la valeur globale des actifs détenus au nom de leurs clients -principalement des banques- par Clearstream et Euroclear en 2012. La première, dont le siège est à Luxembourg, a annoncé près de 12 trillions détenus dans ses comptes en avril et la seconde, dont le siège est à Bruxelles, affiche fièrement mais discrètement un peu plus de 18 trillions d'euros. Les banquiers, les oligarques, les lobbyistes de Bruxelles, les magnats du pétrole, les vendeurs d'armes, les rentiers luxembourgeois, les traders londoniens, les avocats fiscalistes et les journalistes appointés par le système bancaire n'aiment pas qu'on leur rappelle ces chiffres. Cher François, crois-moi, le magot est planqué là. Dans les sous pentes informatiques de ces boîtes noires. Les sociétés off shore y ont caché leurs devises. Elles ont le doigt sur le bouton transfert. Dès qu'on viendra les emmerder, les circuits sont prêts pour jouer au bonneteau avec les services fiscaux. Il va falloir jouer serré mais la partie est gagnable. Tu lances une commission d'enquête en France et tu pousses à la roue pour que celle que vient de créer la commission européenne (demande à Vincent Peillon de te brieffer) débouche rapidement. Ensuite, tu crée une brigade informatique d'intervention. Et tu taxes ces mastodontes de la finance en prélevant une (bonne) part de ce qui se cache dans les paradis fiscaux et 1% de ce qui passe par les circuits normaux. Et tu augmentes même les policiers... Bien à toi cher François. Appelle-moi. Denis



(achevé rapidement hier pour Siné Hebdo de demain)

Saturday, November 19, 2011

Contes érotiques arabes

CoErAr.mp3

PS : pour la découverte du "Jardin Parfumé", merci à là-bas.org, dont est extrait le mp3 ci-dessus.

Saturday, September 03, 2011

Paris, le capitalisme, la psychanalyse.

« Il y a quelque chose qui me gêne un peu avec l'explication par le capitalisme, c'est que c'est un peu passe-partout, c'est qu'on arrive à tout expliquer, un peu comme avec la psychanalyse. En particulier, Londres et Paris sont toutes deux « capitalistes ». Je ne pense pas qu'à ce niveau il soit vraiment utile de recourir à cette explication. Il me semble qu'il faut plutôt y voir une spécificité française : la centralisation politique, qui n'existe pas de la même façon en Angleterre ou ailleurs en Europe. L'Angleterre est certes elle aussi centralisée, mais l'administration locale y est beaucoup plus importante, plus décentralisée ; c'est encore une union de pays différents.
Pour schématiser, disons que l'on a trois types de populations en France : d'un côté, les villes proprement dites, où se trouve toute l'intelligentsia et pratiquement, si vous êtes à Paris intra muros, tout le personnel dirigeant ; vous avez d'autre part la province ; et enfin les banlieues, la périphérie, que l'on voit en général comme quelque chose de secondaire. Or l'agglomération parisienne, c'est au total environ onze millions d'habitants ; Paris intra muros, un peu plus de deux millions. La banlieue représente donc plus de huit millions d'habitants. « Paris », c'est la banlieue. C'est là que sont repoussés les jeunes ménages, qui en général ne peuvent pas payer un loyer à Paris intra muros, qui travaillent et paient des impôts, font des enfants, assurent l'avenir, et qui manquent souvent de tous les équipements nécessaires. Moins à Neuilly qu'à Clichy-sous-Bois, évidemment ! Vous avez donc trois groupes de population en France : les vieux, les riches, installés au coeur des villes, qui dirigent le pays ; vous avez tous les provinciaux, au sens large du terme, les notables de province, les paysans, etc., qui vivent des dépenses publiques, de subventions, ou de déductions d'impôts, etc. ; et puis vous avez les jeunes, qui sont parqués dans les banlieues, qui produisent en grande partie la richesse nationale, et qui sont à l'abandon. En France, les banlieues, c'est entre un quart et un tiers de la population, selon la façon dont on compte. Et ça, ce n'est pas tellement le capitalisme, c'est un système français. Parce qu'en réalité, l'État français fonde sa légitimité et son pouvoir sur le « pillage » des grandes agglomérations pour assurer son pouvoir dans les provinces. C'est l'État et la province, et le monde rural, contre Paris, contre les grandes agglomérations, contre les banlieues, contre les jeunes et les classes populaires qui produisent l'essentiel de la richesse du pays. C'est sur cette alliance que repose le pouvoir en France, et c'est la périphérie des grandes agglomérations qui en fait les frais. »

Bernard Marchand, extrait de "La Haine des Villes. Entretien sur les banlieues et l'urbaphobie française", in La Revue des Livres n°1.


Rue Sigmund-Freud, Paris 19


Thursday, June 02, 2011

Bartleby, féministe extatique


1) La maison, où nous faisons la grande partie [du
travail domestique], est atomisée en des milliers de
quatre murs, mais elle est partout présente, à la
campagne, à la ville, à la montagne, etc.
2) Nous sommes contrôlées et commandées par des
milliers de petits chefs et de contrôleurs : et ce sont
nos maris, pères, frères, etc., mais en revanche
nous avons qu’un seul maître, l’État.
3) Nos camarades de travail et de lutte, qui sont
nos voisines de maison, ne sont pas physiquement
en contact avec nous pendant le travail comme
c’est le cas dans une usine : mais nous pouvons
nous rencontrer dans des endroits convenus où
nous passons toutes, en se servant des fameux
petits laps de temps qu’on découpe dans la journée.
Et chacune d’entre nous n’est pas séparée de
l’autre par des stratifications de qualifications et
de catégories. Nous faisons toutes foncièrement le
même travail.
[...] Si nous faisions la grève nous ne laisserions
pas des produits inachevés ou des matières
premières non transformées, etc. ; en interrompant
notre travail, nous ne paralyserions pas la
production, mais nous paralyserions la
reproduction quotidienne de la classe ouvrière.
Cela frapperait au cœur du Capital car cela
deviendrait une grève effective même pour ceux qui
normalement ont fait la grève sans nous ; mais à
partir du moment où nous ne garantirions plus la
survie de ceux auxquels nous sommes
affectivement liées, nous aurions aussi des
difficultés à continuer la résistance.
Coordination émilienne pour le salaire au travail
domestique, Bologne, 1976

Ils l’appellent Amour : Nous l’appelons travail non
payé.
Ils l’appellent frigidité. Nous l’appelons
absentéisme.
À chaque fois que nous tombons enceintes contre
notre volonté, c’est un accident de travail.
Homosexualité et hétérosexualité sont toutes les
deux conditions de travail...
Mais l’homosexualité est le contrôle des ouvriers
sur la production non pas la fin du travail.
Plus de sourires ? Plus d’argent. Rien ne sera plus
efficace pour détruire les vertus d’un sourire.
Névrose, suicide, désexualisation : maladies
professionnelles de la femme au foyer.
Silva Federici, Le droit à la haine, 1974

Le travailleur a la ressource de se syndicaliser, de
faire grève ; les mères sont isolées les unes des
autres, dans leurs maisons, ligotées à leurs enfants
par des liens miséricordieux. Nos grèves sauvages
se manifestent le plus souvent sous la forme d’un
écroulement physique ou mental.
Adrienne Rich, Naître d’une femme, 1980

ON NE SAIT PAS TROP comment un jour Bartleby se prend à passer la nuit dans son bureau. Son existence grise de petit employé déteint sur le temps de loisir qui paraît du coup impossible, son inertie condamne toute velléité de compartimenter le travail et la vie : ce sont pour lui deux possibilités inconciliables, deux impossibilités qui s’enchaînent. Bartleby ne joue pas le jeu, il vit sa vie comme un employé et se conduit sur le poste de travail comme s’il pouvait tranquillement y vivre. Il n’a, bien sûr, pas de maison et pas de famille, pas d’amour, pas de femme. Alors quoi ? Dans cet univers désolé, peuplé de tâches à accomplir et de relations abstraites entre hommes-travailleurs, Bartleby préfère ne pas. Bartleby fait une grève toute nouvelle qui use son patron plus que n’importe quel luddisme. « En vérité – affirme, résigné, son chef de bureau –, c’était sa douceur prodigieuse par-dessus tout, qui non seule ment me désarmait, mais, pour ainsi dire, m’ôtait toute attitude virile. » Bartleby se fait surprendre traînant dans les locaux d’un bureau quelconque de Wall Street, le dimanche, à moitié déshabillé, mais personne ne trouve la force de le virer : sa place est là, tout le monde le soupçonne. « Je ne considère pas exactement comme viril – continue son patron – quelqu’un qui, à tout moment, permet en toute tranquillité à son subordonné de lui donner des ordres et de le virer de ses propres locaux. »

L’autorité du maître est ici déposée par un acte de refus générique : ce n’est pas la violence, mais la pâle solitude de quelqu’un qui « préfère ne pas » qui hante la conscience du chef de bureau, de même qu’elle a hanté la vie de tant de maris repoussés avec la même ferme détermination injustifiable d’une préférence négative, plus dure qu’un refus sans appel.

La mauvaise conscience de la virilité classique, incarnée par le Magistrat de la Chancellerie, supérieur de Bartleby, l’empêche de se débarrasser de ce spectre muet qui ne demande plus rien, refuse tout, mais par sa simple présence obstinée fait allusion à un ailleurs où les bureaux ne seraient plus les lieux de l’ennuyeux esclavage des comptables et où les chefs recevraient des ordres. « Je me mets rarement en colère – précise le patron –, et je me laisse encore plus rarement aller à de dangereuses indignations pour des torts et des abus », ce monsieur est quelqu’un de calme, d’équilibré, et pourtant il perd tout pouvoir d’action sur Bartleby ; sa douce insoumission le séduit, sa grève le contamine, il veut lâcher prise, abandonner une autorité qui devient pénible pour lui, et au comble de sa sympathie inexplicable pour l’employé fainéant il se résout pour la moins logique des solutions : « Et soit, Bartleby, reste derrière ton paravent, je me suis dit ; je ne te poursuivrai plus jamais ; tu es innocent et silencieux comme une de ces vieilles chaises, bref, jamais je ne me sens dans mon privé comme quand je sais que tu es là derrière. Enfin je le vois, enfin je le sais ; enfin je devine le but prédestiné de ma vie. Et j’en suis satisfait. D’autres peuvent avoir de plus nobles rôles à jouer ; mais ma mission dans ce monde, Bartleby, est de t’offrir une pièce du bureau pour tout le temps que tu jugeras bon d’y rester. » Aucune grève n’a jamais obtenu de conditions si favorables que celles-ci : la conviction du patron du caractère essentiellement abusif de son rôle, le refus du travail qui débouche sur son abolition rémunérée. La grève Bartleby, semblable en cela à celle des féministes, est une grève humaine, une grève des gestes, du dialogue, un scepticisme radical face à toute forme d’oppression qui prétend aller de soi, y compris le chantage affectif ou les conventions sociales les plus inquestionnables – comme la nécessité de travailler et de rentrer du bureau après sa fermeture. Mais c’est une grève qui ne s’étend pas, qui ne contamine pas les autres travailleurs de son syndrome des préférences négatives ; car Bartleby n’a rien à expliquer – et c’est là sa force – il n’a aucune légitimité, il ne menace pas de ne plus faire, en avalisant par là un rapport contractuel, mais il rappelle juste qu’il n’a pas plus de devoir que de désir et que sa préférence, en l’occurrence, est celle de l’abolition du travail. « Toutefois – continue le chef de bureau –, cela se passe souvent ainsi, la friction constante avec des esprits illibéraux finit par dissoudre les meilleures résolutions des esprits les plus généreux. » La grève humaine sans communisation des mœurs finit en tragédie privée, est prise pour un problème personnel, une maladie mentale. Les collègues qui circulent pendant la journée dans le bureau exigent l’obéissance de Bartleby, de cet employé qui marche désœuvré les mains dans les poches : ils lui donnent des ordres, et face à son refus catégorique de les exécuter et à son impunité absolue, restent perplexes, se sentent victimes d’une inqualifiable injustice. La métaphore est même trop claire, on imagine comme la dévirilisation devait menacer avocats et magistrats dont l’autorité était ignorée et méprisée par un simple comptable. « Et qu’est-ce que je pouvais dire ? » se plaint le chef du bureau. « Enfin je me rendis compte que, dans le cercle de mes connaissances professionnelles, circulaient des murmures de merveille, qui concernaient l’étrange créature que je gardais dans mon bureau. Cela me donna beaucoup à penser. Et lorsque me vint l’idée qu’il aurait pu vivre longtemps, et continuer à occuper mes locaux, et récuser toute autorité ; et embarrasser mes visiteurs ; et discréditer ma réputation professionnelle ; et jeter une ombre sinistre sur mes bureaux [...] je décidais de recueillir toutes mes forces, et de me libérer pour toujours de ce cauchemar insoutenable. »

Bartleby – est-il besoin de le dire ? – meurt en prison, car sa dés/occupation solitaire ne s’est pas étendue.

De même qu’il n’a jamais cru être un comptable, il ne croyait pas non plus être un détenu. Son scepticisme radical ne rencontra le confort d’aucune appartenance, mais dans cette nouvelle inquiétante qui met en scène une dialectique maître-esclave bien plus perverse et corrosive que celle du paradigme hégélien, il y a une promesse de pratique à venir. Le travail souterrain de la femme, de par sa congruence avec la vie, ne peut s’arrêter que par une grève sauvage des comportements, une grève humaine, qui sorte des cui sines et des lits, qui prenne la parole dans les assemblées. Cette grève humaine n’avance aucune revendication, bien plutôt elle déterritorialise l’agora, dévoile le « non politique » comme le lieu de redistribution implicite des responsabilités et du travail non rémunérable. Des femmes du mouvement italien expliquaient : « Nous ne trouvons pas de critères et nous n’avons pas intérêt à séparer la politique de la culture, de l’amour, du travail. Une politique comme ça, séparée, ne nous plairait pas et nous ne saurions pas la faire. » (L. Cigarini, L. Muraro, Politique et pratique politique, in Critica marxista, 1992.)

Ce qui a eu lieu avec la transition vers le post-fordisme, qui a mieux intégré les femmes à la sphère productive qu’aucun mode de production antérieur, ce fut une indifférenciation croissante de l’espace-temps du travail et de celui de la vie. De plus en plus de travailleurs se trouvent dans la situation de Bartleby, qui fut exclusivement féminine jusqu’à la fin du vingtième siècle en Occident, mais ils ne préfèrent pas refuser, pour l’instant. Le travail et la vie sont enchevêtrés comme peut-être jamais auparavant, et ce pour les deux sexes ; l’oppression économique qui fut femelle est désormais unisexe, et la grève humaine apparaît comme le seul dissolvant possible de la situation. Car « préférer ne pas » équivaut désormais à préférer ne pas être un comptable, un télétravailleur, une femme, et cela ne peut se faire qu’à plusieurs ; la préférence négative est avant tout un acte politique : « Je ne suis pas ce que tu vois » entraîne le « Soyons un autre possible maintenant ». En ne croyant plus à ce que les autres disent de toi, en opposant l’intensité politique de ton existence aux mondanités de la reconnaissance, ne voulant surtout pas de pouvoir, car le pouvoir mutile, le pouvoir exige, le pouvoir rend muet et après quelqu’un parlera à ta place, parlera en toi sans que tu t’en aperçoives, c’est ainsi que l’on s’échappe, que l’on pratique la grève humaine. Mais déjà la schizophrénie guette tous les désengagés, tous les dupes du pouvoir, tous les jaunes de la grève humaine.


Wednesday, June 01, 2011

Le nerf de la guerre



« La Commune de Paris a été vaincue moins par la force des armes que par la force de l'habitude. L'exemple pratique le plus scandaleux est le refus de recourir au canon pour s'emparer de la Banque de France alors que l'argent a manqué tant. Durant tout le pouvoir de la Commune, la Banque est restée une enclave versaillaise dans Paris, défendue par quelques fusils et le mythe de la propriété et du vol. Les autres habitudes idéologiques ont été ruineuses à tout propos (la résurrection du jacobinisme, la stratégie défaitiste des barricades en souvenir de 1848, etc.). »

Guy Debord, Attila Kotanyi, Raoul Vaneigem, Quatorze thèses de l'Internationale situationniste sur la Commune, 1962.

Texte trouvé dans CQFD #89

Thursday, May 12, 2011

Si le vin disparaissait...



« Si le vin disparaissait de la production humaine, je crois qu'il se ferait dans la santé et dans l'intellect de la planète un vide, une absence, une défectuosité beaucoup plus affreuse que tous les excès et les déviations dont on rend le vin responsable. N'est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques, sont des imbéciles ou des hypocrites ; des imbéciles, c'est-à-dire des hommes ne connaissant ni l'humanité ni la nature, des artistes repoussant les moyens traditionnels de l'art ; des ouvriers blasphémant la mécanique ; — des hypocrites, c'est-à-dire des gourmands honteux, des fanfarons de sobriété, buvant en cachette et ayant quelque vin occulte ? Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables. »

Charles Baudelaire, Les Paradis artificiels.

Saturday, February 19, 2011

Robe de Frissons

Robe de Frissons
Mieux que le vison
Tu laisses,
Un goût d'élixir dans un souvenir de liesse.

Mais il faut déjà se priver de ta caresse,
Alors qu'on voudrait goûter tes bienfaits sans cesse
Marie Math égarée rend sa robe à l'assemblée.


Serge Gainsbourg
















Merci à @Donjipez & @Agnesleglise ;-)


Wednesday, January 19, 2011

Plante ce qui ne se plante pas



Plante ce qui ne se plante pas
Cultive ce que les autres arrachent
Ce qu'ils ne voient plus
Ce qu'ils piétinent.

Thomas Vinau, Tenir tête à l'orage