Monday, December 31, 2012

… et si j'ai le temps.


Je jette les lettres dans un tiroir, et je ramasse la fleur d'oranger qui vient de tomber à terre et sur laquelle j'ai mis le pied… Ah ! si l'on pouvait les araser ainsi, tous les souvenirs du passé ! Papier peint, carton, fil de fer, bouts de chiffons poissés de colle – saleté – on met ça sous globe, en France, sur un coussin de velours rouge orné d'une torsade d'or, comme si les caroncules myrtiformes ne suffisaient pas… Souvenirs ! Souvenirs !… Et tous les autres, les souvenirs, conservés dans la mémoire comme en un reliquaire, ces vestiges du passé pendus aux parois du cerveau ainsi que les défroques des noyés aux murailles de la Morgue, ces débris de choses vécues qui secouent leur odieuse poussière sur les choses qui naissent pour les ternir et les empêcher d'être, couronnes mortuaires, couronnes nuptiales, épithalames et épitaphes – Regrets éternels… Oui, éternels, les regrets et les aspirations. Et quant au Présent… Je lance la fleur dans le feu qu'Annie vient d'allumer car l'automne est arrivé, l'automne pluvieux et noirâtre de Londres.
Une lueur blafarde et lugubre tombe d'un ciel bas comme une voûte de cave, lueur de soupirail agonisant sans reflets dans la boue hostile et spongieuse. S'il faisait nuit, tout à fait nuit !… Voilà la tonalité de mon esprit, depuis un mois, depuis que nous sommes revenus de Belgique, Roger-la-Honte et moi, après avoir fourni la matière d'un beau fait-divers aux journalistes de Louvain. Triste ! Triste !… Non, Hélène n'est plus la petite femme qui se pressait contre moi ; elle ne sera plus jamais cette femme-là. Qu'elle triomphe ou qu'elle échoue, que la vie lui soit marâtre ou bonne mère, elle ne sera plus jamais cette femme-là – la femme que j'aurais voulu qu'elle fût toujours. C'est drôle : on dirait que je lui garde rancune d'avoir agi comme je l'ai fait… d'avoir refusé l'existence qu'elle me proposait, existence possible après tout, avec la liberté assurée, et non sans douceur certainement. On rêve de la femme par laquelle l'univers se révèle – effigie qu'on traîne derrière soi, image qui s'estompe dans les lointains de l'avenir ; et, toujours hantée par le spectre du souvenir et la préoccupation du futur, la pensée se prend de vertige devant Celle qui a la bravoure de s'offrir ; elle semble, Celle-là, la mystérieuse prêtresse d'une puissance redoutée. Le Présent effraye.
Je ne devrais pas en avoir peur, pourtant, moi qui ai voulu vivre droit devant moi, en dehors de toute règle et de toute formule, moi qui n'ai pas voulu végéter, comme d'autres, d'espoir toujours nouveau en désillusion toujours nouvelle, d'entreprise avortée en tentative irréalisable, jusqu'à ce que la pierre du tombeau se refermât, Avec un grincement d'ironie, sur un dernier et ridicule effort… Vouloir ! La volonté : une lame qu'on n'emploie pas de peur de l'ébrécher, et qu'on laisse ronger par la rouille… Ah ! il y a d'autres liens que la corde du gibet, pour rattacher l'homme qui se révolte à la Société qu'il répudie ; des liens aussi cruels, aussi ignoble, aussi inexorables que la hart. Libre autant qu'il désirera l'être, si hardie que soit l'indépendance de ses actes, il restera l'esclave de l'image taillée dans le cauchemar héréditaire, de l'Idéal à la tête invisible, aux pieds putréfiés ; il ne pourra guérir son esprit de la démence du passé et du délire du futur ; il ne pourra faire vivre, comme ses actions, sa pensée dans le présent. Il faudra toujours qu'il se crée des fruits défendus, sur l'arbre qui tend vers lui ses branches, et qu'il croie voir flamboyer l'épée menteuse du séraphin à l'entrée des paradis qui s'ouvrent devant lui. Et son âme, fourbue d'inaction, ira se noyer lentement dans des marécages de dégoût… Des sanglots me roulent dans la gorge et éclatent en ricanements… Allons, il faut continuer, sans repos et sans but, faire face à la destinée imbécile jusqu'à la catastrophe inévitable – dont je retirerai une moralité quelconque, inutile et bête, pour tuer le temps, et si j'ai le temps.

Le Voleur, G. Darien, 1896




« Cependant, il ne faut rien prendre au tragique. »
Ibid.

Thursday, October 18, 2012

« Les arrestations ne se passent pas toujours si simplement. »

Les arrestations ne se passent pas toujours si simplement. « Rapport du 2 mai 1785, à 6 heures du soir de la garde de Paris en poste à Vaugirard. Florentin, sergent de garde à Vaugirard, ayant été requis par le sieur Dupont, marchand de vin, au sujet de plusieurs particuliers qui, étant à boire chez lui, avaient fait tapage, cassé des pots de verre et ne voulaient pas les payer ni même le vin qu'ils avaient bu, nous y avons été et la plus grande partie s'était évadée à l'exception de Durant, tailleur de pierre, qui était arrêté ainsi que Hurlot aussi tailleur ; lorsque nous avons été en chemin, ils ont accouru derrière nous une soixantaine d'autres tailleurs de pierre qui ont sauté sur nous pour nous ravir les deux arrêtés, j'ay fait mettre la baïonnette et eux, voyant qu'ils ne pouvaient plus approcher, ont pris pierres et pavés et nous les ont jetés dont le nommé Gateblie, appointé de mon escouade, a été frappé aux jambes, aux reins et au visage et dont il est dangereusement blessé. La garde à Vaugirard est venue nous prêter main-forte, avons pu arrêter les deux prévenus et un autre, mais averti il y avait encore une embuscade j'ai envoyé chercher 2 sections d'infanterie et la brigade de cavalerie du poste de la Contrescarpe pour nous prêter main-forte et les conduire en prison, et ensuite avons fait fermer les cabarets. » Deux sections d'infanterie et une brigade de cavalerie pour conduire en prison trois tailleurs de pierre : l'affaire – banale dans le nombre des émeutes qui émaillent les dernières années de l'Ancien Régime – est exemplaire : le guet dans les villes ou la maréchaussée dans les campagnes sont souvent débordés par la foule en colère. Quand les choses tournent mal, il faut faire appel à l'armée, et dès les premiers jours de la Révolution on verra à quel point elle est peu sûre.

Eric Hazan, Un histoire de la Révolution française, La fabrique, 2012


Wednesday, October 03, 2012

« Tout sauf régulière. »

Fin mai, il avait écopé de vingt piges. La semaine suivante, le 5 juin, Roger l'avertit par l'avocat qu'elle s'était tirée de la rue Manin sans laisser d'adresse. Il la traqua dans Paris. Elle semblait s'être évaporée. Disparue.
Pourtant Claire n'était pas une aventurière. Elle était si casanière. Toujours lovée comme une chatte près de la cheminée. Un verre de vodka. Un peu d'herbe. Un stick ou deux. Et elle ne bougeait plus de la planque. Elle patientait. D'énormes écouteurs noirs sur les oreilles. Elle découvrait les vieux vinyles de Paul. Des trucs de groupes zarbis de la fin des années 1960. King Crimson. Black Sabbath. Amon Düül II. Soft Machine. Hawkwind.

Claire se voulait une femme-objet. Courtisane. Et finalement leur relation apportait la plénitude. Lui, il souhaitait la trouver là quand il rentrait. À toute heure. Parce que la vie d'un braqueur est tout sauf régulière.
Et Claire était là. Nue sur la terrasse, l'été. Long corps blond sur une serviette rouge. Un verre vide. Un cendrier avec une Camel qui se consumait lentement. L'hiver, elle se recroquevillait sur le canapé. Les pieds ramenés sous ses fesses. Un pull angora. Un livre. Des babouches marocaines de cuir fauve. On aurait dit qu'elle faisait partie des meubles. Qu'elle avait été louée avec l'appartement. Un peu comme dans Soleil vert.
Depuis qu'il était recherché, Paul ne sortait plus le soir. Ce n'est pas qu'il aimait le faire par le passé. Mais là, c'était devenu impossible. Il ne fréquentait plus personne, à part Roger et quelques vieux potes de zonzon. Ils vivaient donc en tête-à-tête à la manière d'un couple comme les autres. Avec ses rites et ses habitudes. Ses chamailleries sans remords.
Claire était jeune. Elle avait presque quinze ans de moins que lui. Pourtant, cette vie lui convenait. Elle détestait les tracas quotidiens. Elle était si désarmée devant la vie. Elle n'aimait ni le travail ni les paperasses.
Pour vivre, il suffisait d'ouvrir le placard et de plonger les pattes dans le grand sac noir. Tirer une liasse. Faire glisser la petite bande de plastique de couleur verte. Et voilà… Elle tendait la liasse.
— Paul, tu peux me ramener…
Et elle ajoutait une liste de livres ou d'autres choses.
Et Paul faisait les magasins.

Jann-Marc Rouillan, "Paul des Épinettes et moi".


Wednesday, June 27, 2012

La lettre de tolérance de 1994 de Jean-Pierre Musso

La lettre de tolérance de 1994 de Jean-Pierre Musso tolérant le stationnent des 2 roues sur les trottoirs parisiens en respectant certaines conditions de savoir-vivre.

Charte des 2 roues motorisés du 19 mars 2007 signée entre autre par le maire de Paris expliquant comment se garer correctement sur les trottoirs en l'absence d'espaces réservés à cet effet disponibles.

Sunday, May 13, 2012

Et maintenant…

… qu'est-ce qu'on pourrait faire de marrant. (?)

Tuesday, May 08, 2012

Un message de Denis Robert à François Hollande (http://www.facebook.com/denis.robert)

Le 8 mai 2012,


Cher François,



Nous nous sommes croisés quelques fois lors de cette campagne et je suis ravi que tu ais gagné. Maintenant que tu es dans la place, il va falloir trouver des moyens pour financer ton programme. J'ai trouvé nickel ton positionnement sur les postes à créer dans l'éducation nationale. Mais il y a aussi des problèmes à l'université, à la poste, dans les hôpitaux, le logement, la justice. Les services publics ont été délaissés par ton prédécesseur. Lui et ses amis ne se sont pas privés de t'attaquer sur la faillite qui ne manquera pas d'arriver si tu mets en place tes idées. Les augmentations d'impôts ne suffiront pas. J'ai un chiffre à te soumettre. 30 trillions d'euros. Renseigne-toi, c'est la valeur globale des actifs détenus au nom de leurs clients -principalement des banques- par Clearstream et Euroclear en 2012. La première, dont le siège est à Luxembourg, a annoncé près de 12 trillions détenus dans ses comptes en avril et la seconde, dont le siège est à Bruxelles, affiche fièrement mais discrètement un peu plus de 18 trillions d'euros. Les banquiers, les oligarques, les lobbyistes de Bruxelles, les magnats du pétrole, les vendeurs d'armes, les rentiers luxembourgeois, les traders londoniens, les avocats fiscalistes et les journalistes appointés par le système bancaire n'aiment pas qu'on leur rappelle ces chiffres. Cher François, crois-moi, le magot est planqué là. Dans les sous pentes informatiques de ces boîtes noires. Les sociétés off shore y ont caché leurs devises. Elles ont le doigt sur le bouton transfert. Dès qu'on viendra les emmerder, les circuits sont prêts pour jouer au bonneteau avec les services fiscaux. Il va falloir jouer serré mais la partie est gagnable. Tu lances une commission d'enquête en France et tu pousses à la roue pour que celle que vient de créer la commission européenne (demande à Vincent Peillon de te brieffer) débouche rapidement. Ensuite, tu crée une brigade informatique d'intervention. Et tu taxes ces mastodontes de la finance en prélevant une (bonne) part de ce qui se cache dans les paradis fiscaux et 1% de ce qui passe par les circuits normaux. Et tu augmentes même les policiers... Bien à toi cher François. Appelle-moi. Denis



(achevé rapidement hier pour Siné Hebdo de demain)