Les arrestations ne se passent pas toujours si simplement. « Rapport du 2 mai 1785, à 6 heures du soir de la garde de Paris en poste à Vaugirard. Florentin, sergent de garde à Vaugirard, ayant été requis par le sieur Dupont, marchand de vin, au sujet de plusieurs particuliers qui, étant à boire chez lui, avaient fait tapage, cassé des pots de verre et ne voulaient pas les payer ni même le vin qu'ils avaient bu, nous y avons été et la plus grande partie s'était évadée à l'exception de Durant, tailleur de pierre, qui était arrêté ainsi que Hurlot aussi tailleur ; lorsque nous avons été en chemin, ils ont accouru derrière nous une soixantaine d'autres tailleurs de pierre qui ont sauté sur nous pour nous ravir les deux arrêtés, j'ay fait mettre la baïonnette et eux, voyant qu'ils ne pouvaient plus approcher, ont pris pierres et pavés et nous les ont jetés dont le nommé Gateblie, appointé de mon escouade, a été frappé aux jambes, aux reins et au visage et dont il est dangereusement blessé. La garde à Vaugirard est venue nous prêter main-forte, avons pu arrêter les deux prévenus et un autre, mais averti il y avait encore une embuscade j'ai envoyé chercher 2 sections d'infanterie et la brigade de cavalerie du poste de la Contrescarpe pour nous prêter main-forte et les conduire en prison, et ensuite avons fait fermer les cabarets. » Deux sections d'infanterie et une brigade de cavalerie pour conduire en prison trois tailleurs de pierre : l'affaire – banale dans le nombre des émeutes qui émaillent les dernières années de l'Ancien Régime – est exemplaire : le guet dans les villes ou la maréchaussée dans les campagnes sont souvent débordés par la foule en colère. Quand les choses tournent mal, il faut faire appel à l'armée, et dès les premiers jours de la Révolution on verra à quel point elle est peu sûre.
Eric Hazan, Un histoire de la Révolution française, La fabrique, 2012



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