Monday, June 21, 2010

Aller (se) voir chez les Grecs



« C'est le début d'une guerre ». La citation - d'une bien nommée Hélène, simple manifestante - a fait le tour de la presse française après la journée de grève générale du 5 mai dernier en Grèce. Une guerre, et civile qui plus est, comme celles qui ont cours dans ces pays lointains et dont on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants, ni quels en sont les gentils et les méchants - une guerre, vue de France, ça laisse toujours un peu interloqué.
Et pourtant, la Grèce est bien dans l'Union Européenne, et du bourdonnement qui accompagne le conflit émergent des mots qui résonnent familièrement à nos oreilles : austérité, inflation, État providence, répression, dette publique. Certes, un docteur en économie pourrait disserter des heures, chiffres à l'appui, pour démontrer que la Grèce n'est pas la France, que l'industrie blablabla, que les credits ratings blablabli, que le taux de chômage, que le PIB, que sais-je encore. Mais la question économique est en vérité une affaire bien moins savante, bien plus terre à terre. C'est par exemple savoir quel genre de job on va être obligé d'accepter pour pouvoir manger, quelle assurance on va avoir d'accéder à des services de santé, dans quelle baraque on va pouvoir habiter, etc. C'est aussi une affaire de sentiments : la rage de voir que certains s'en tirent très bien et font leur huile d'olive sur le dos des autres, le malaise qui pointe quand on se demande à quoi ça rime cette vie.
Vu comme ça, il semble que les préoccupations des Grecs qui descendent « faire la guerre » dans la rue recoupent assez exactement celles qui ont cours par chez nous.
Et puis ici et là-bas le même discours sur la crise économique devant laquelle on devrait se serrer la ceinture, qui vient justifier les politiques « de rigueur ». Au pays de l'État social, on ne s'attaque pas encore au SMIC, mais la retraite prend un coup de vieux, et les recettes qui auront « fait leurs preuves » au pays de Damoclès nous pendent au nez - après tout la Grèce a inventé la démocratie, elle peut aussi bien exporter sa politique sociale. La Grèce a aussi inventé la guerre civile, et la politique s'y vit avec un peu plus de passion qu'ailleurs. A tel point qu'on entend parler ici ou là de situation insurrectionnelle. Un insurrection, vue de France, ça laisse un peu interloqué, mais quand même... Il y a comme une espèce de fond de sympathie qui accueille les nouvelles du fond grec, quand les ministres sont chahutés dans la rue et chassés des lieux publics, quand les manifs demandent la tête des banquiers, ou même devant les images de flics transformés en torches humaines. Depuis le temps qu'on entend ici « ça va péter », dans les petites phrases et les slogans ronflants, c'est rassurant de voir que ça pète vraiment ailleurs. La Grèce, c'est surtout ça : la preuve qu'on peut encore se révolter.

In Chants de la plèbe, REBETIKO, n°6, trouvé dans un hall d'immeuble

Friday, May 28, 2010

loser loser



combattre à tout prix
savoir perdre ou gagner
pantin pantin usé
tu te traines à leurs pieds
tu es aucun héros, aucun aventurier
ce que tes rues m'ennuient
tes combats aussi
ooh loser loser
oooh loser
oooh loser loser
ooh loser
heeeeyyy

conquistador blessé
jamais first-line
tu es l'avant passé
jamais best-of
driver de blues
sens-tu le breakdown ?
crache tes slogans usés
tu pues le breakdown
oooh loser loser
ohhh loser
oohh loser loser
hey loser
heeeeyy

onnnh ééh

toutes tes causes perdues
loser
allez colle ton lüger
loser loser
ooarrrhhh

ohh loser loser
loser
loser loser
loser
oooorraaa

conquistador blessé
jamais first-line
tu es l'avant passé
jamais best-of
driver de blues
sens-tu le breakdown ?
crache tes slogans usés
tu pues le breakdown
ohh loser
ohhh loser loser
loser ohhhh
loser loser
woaaaaa

WC3 / moderne musique / Breakdown (Combat)

Wednesday, April 28, 2010

Pourquoi nous devons libérer les incarcérés de Villiers-le-Bel.


Texte trouvé ici : http://www.soutien-villierslebel.com/textes.html

Le 21 juin prochain, ce ne sera pas l'été, ce ne sera pas la fête de la Musique; ce sera l'ouverture du procès de nos amis, de nos frères. Maka et trois autres de Villiers-le-Bel devront répondre de l'accusation d'avoir tiré à la chevrotine sur la police durant les émeutes de novembre 2007. Le scénario est déjà écrit : après l'opération de communication de février 2008 – 1500 hommes en armes dans la cité avec journalistes embarqués -, après les « sanctions exemplaires » exigées par Sarkozy, après les condamnations démesurées des émeutiers au printemps dernier – 3 ans ferme pour jet de pierre -, ce sera le procès de la « banlieue-tueuse-de-flics », chargé de réconcilier le pouvoir avec l'électorat du Front National et tous les flippés de France.

On négligera que les deux seuls morts dans cette affaire, ce sont Lakhamy et Moushin, deux adolescents tués dans un curieux « accident » avec une voiture de police. On fera semblant d'oublier que les secours à peine arrivés, un porte-parole du ministère de l'Intérieur annonçait déjà aux médias que les policiers n'étaient pour rien dans ces morts. On évitera bien d'évoquer que c'est le déferlement de cars pleins de CRS sur la cité qui a déclenché l'émeute. Puisqu'il faut des « coupables » sur qui déchaîner la vengeance de l'Etat, il faut un procès, un procès pour l'exemple. En l'absence de la moindre preuve, ce sera un procès de témoignages, ce sera parole de flics et de délateurs anonymes rémunérés contre parole de « jeunes », devant un jury d'assises.



Jusqu'à la mort de Lakhamy et Moushin, Villiers-Le-Bel, c'était une petite ville discrète du Val d'Oise la gare, la Cerisaie, la ZAC, le PLM, les Carreaux, les Burteaux... Depuis les émeutes, Villiers, ce n'est plus une ville, c'est un symbole, un enjeu, un fantasme. Le pouvoir y projette toutes ses angoisses sécuritaires, et d'abord sa crainte qu'à l'occupation policière des quartiers réponde l'émeute organisée, que ceux que l'on braque au flash-ball depuis dix ans finissent par mettre les flics dans le viseur. Chaque soir de l'année, les boulevards de Villiers ne sont plus qu'un ballet des différents corps de police – UTEQ, gardes mobiles, CRS, BAC, etc. -, en attendant l'inauguration du nouveau commissariat de 360 hommes. C'est une expérimentation où l'on cherche à déterminer le niveau de pression policière, de provocations que peut supporter un quartier sans exploser. La sensation, ici, ce n'est pas de vivre en marge de la société, mais dans le laboratoire de son futur. S'il y a dans l'avenir proche un risque de soulèvement, ce qui est sûr c'est que c'est à Villiers que le pouvoir s'entraîne à le gérer. N'importe qui se promène ici dans la rue après 17 heures comprend: L'Etat et ses patrouilles de Robocops façon Gaza ne cherchent pas à ramener l'ordre là où règnerait le désordre, mais à provoquer le désordre au bon moment pour pouvoir être vu comme ceux qui ramènent l'ordre, quand s'approchent les élections.

En vérité, cette société est devenue si incapable de dire positivement ce qu'elle est ni ce qu'elle veut, qu'elle ne sait plus se définir que contre la banlieue. C'est pourquoi le pouvoir veut faire du procès de Maka et des autres le procès des « tueurs de flics » : pour souder autour de lui une société en perdition. Nos amis n'ont pas à payer pour cette perdition, ni pour le salut des gouvernants. Le procès qui leur est intenté ne vise pas, au fond, à établir la responsabilité d'actes précis, c'est le procès d'un événement dans son entier, et plus que d'un événement encore, celui d'une séquence historique. Une séquence historique qui s'est ouverte avec la mort de Zyed et Bouna et les émeutes de 2005, et que le pouvoir voudrait finir d'étouffer par un procès d'assises à grand spectacle.

Le problème, c'est que la rage et la révolte qui se sont exprimés là ne s'y laisseront pas étouffer. Un autre est que ces explosions-là ont résonné et résonnent encore dans bien d'autres coeurs que celui des dits « jeunes des cités ». Un autre encore est que cette nouvelle opération d'isolement est peut-être en passe d'échouer définitivement. Des cloisons se sont brisées, des mains qui se cherchaient à tâtons se sont trouvées.



Nous en appelons à tous ceux qui ne supportent plus l'occupation de nos vies par la police. Nous ferons tout pour que ce procès ne soit pas une nouvelle occasion de légitimer cette occupation par les désordres qu'elle produit.

Nous refusons que nos frères payent pour les angoisses des gouvernants. Cela fait déjà deux ans qu'on les tient enfermés. Nous refusons que des dizaines d'années d'emprisonnement soient distribuées sur la base de témoignages anonymes rétribués par la police. Nous refusons le scénario du gouvernement. Nous avons trois mois pour le chambouler.

Plusieurs dates sont déjà prévues dans cette tournée de soutien qui se déroulera du 20 mai au 15 juin 2010 et devrait déboucher sur un appel à manifester quelques jours avant le début du procès. Un programme partiel sera rendu public dans les semaines qui viennent. Prenez contact avec nous. Organisez des soirées de soutien, des débats, des projections. Rencontrons-nous.

Pour nous soutenir financièrement (avocats et campagne de soutien), vous pouvez obtenir les coordonnées bancaires du collectif de soutien de Villiers le Bel en écrivant à : respectveritejustice@gmail.com. Pour toute information concernant la tournée et pour communiquer les différentes initiatives : www.soutien-villierslebel.com.


Friday, April 02, 2010

la famille

« À nos yeux, les pulsions identitaires sont la peste de la pensée et des pratiques politiques : du nationalisme au patriotisme et au racisme, de l'intégrisme au localisme écologique, de l'individualisme possessif au corporatisme syndical, sans oublier le sexisme, ou la religion de la famille. Oui particulièrement cette institution familiale que la religion, le libéralisme, l'État... et Hégel considèrent comme la base de la société civile. »
« Dans la relation biopolitique, l'existence des pauvres est à considérer de façon globale. Nous pensons que, dans ces conditions, la révolte des pauvres, de véritables jacqueries, est aujourd'hui des évènements imminents, et se présente comme une échéance inévitable si l'on veut construire un terrain constituant, une ouverture politique pour les forces qui luttent contre la domination capitaliste, c'est à dire pour la construction d'un libre Commonwealth. »

Antonio Negri, in RiLi #16.

Friday, March 05, 2010

Extrait 35-49mn de AFPDR 02-03-2010

Extrait de l'émission "Au fond, près du radiateur" du 2 Mars 2010 : « Retour sur la grève des travailleurs sans papier de Multipro » sur http://RFPP.NET/ (106.3MHz) et http://www.aufondpresduradiateur.fr/
Extrait là => mp3-20meg

Sunday, February 07, 2010

Tuesday, January 05, 2010

Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent


Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable... Eh bien ! Vous n'avez rien fait !
Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé ! Vous n'avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n'avez rien fait tant qu'il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n'avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l'âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l'usure dévore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes, tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n'avez rien fait, tant que l'esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux !
Victor Hugo « Discours sur la misère » 9 juillet 1849




Thursday, December 03, 2009

Le Golem qui vous pète à la gueule

Photo Non Fides IV

L'Histoire retiendra peut-être Nicolas Sarkozy comme l'inventeur du Golem Péteur : « et pour le prix d'une élection, je vous en fourgue deux ! »



Tuesday, December 01, 2009

Adieu Non Fides

Un. Puis sept. Un éclair.

Paru dans Non Fides n°2

Un. Puis sept. Un éclair. « Allez toi, tu viens avec nous. » Pas le temps de parer, juste une fraction de seconde pour réaliser. On m’éloigne de la « zone rouge » ; face contre sol, la bouche contre le macadam, les mains dans le dos. De suite, les menottes. Quelques petits coups vicieux placés discrètement, des torsions de poignet, pour le plaisir. Ils me gueulent un tas de tendres mots : « Donne ton bras! Tu ‘bouge pas, tu bouge pas ! ». Soulevé, ils m’amènent derrière le cordon des casqués, à l’abri des regards. L’un d’eux, tête de mannequin reconverti, me fixe dans les yeux pour m’intimider. « T’es anarchiste toi hein ? J’suis sûr que t’es anarchiste ». Bien vu ducon, mais je ne vais pas te faire le plaisir de confirmer. « Tu sais pourquoi t’es là ? Tu ’comprends pas hein ? ». Jouer les ahuris, quelques minutes encore. «On t’a vu, on t’a repéré, on t’a filmé ». Ne pas réagir, ne rien répliquer. « Ca t’amuse de balancer des pierres sur des pères de famille ? ». La classique… pauvres flics armés et en armure des pieds jusqu’à la tête, qui jouent aux victimes de la violence populaire. Envie de me marrer, mais impossible. Ils commencent à comprendre qu’ils ont arrêté une sorte de statue. Alors ils la bouclent, me déposent contre un mur et me foutent la paix.

A côté de moi, une dizaine de compères qui n’ont pas eu de bol. Ils ont en plus le malheur d’être bavards, par fierté. L’un d’eux, à peine seize piges, se fait chambrer par les deux cowboys de service : « Alors, p’tit PD, tu fais moins le mariole maintenant que les copains sont plus là ! ». Il a le mauvais réflexe de leur faire remarquer qu’ils sont des branques et qu’ils ne savent même pas mettre des menottes. En effet, il a presque les mains libres. Les playmobiles, vexés par la pique, soulèvent le minot et lui remettent les pinces, serrées jusqu’au sang cette fois. Je vois les mains du compagnon devenir violettes en deux secondes. Des larmes de douleur lui viennent. Après dix minutes, les deux GM réalisent qu’ils y sont peut-être allés un peu fort ; ils desserrent les menottes, laissant sur les poignets du jeune homme les marques de leur connerie crasse.

De l’autre côté, cinq flics mettent la pression à un mec qui aurait mis un gros coup de latte à l’un d’entre eux. « Tu mets des coups à nos collègues, ça t’amuse fils de pute ? En un contre un, tu te la raconterais moins. » La plupart des interpellés n’ont pas l’air d’avoir déjà vécu ce type de situation. Mon silence m’a valu une sorte de « traitement de faveur », pas un de ces abrutis ne vient me chauffer. Une fois dans le « panier à salade », les garçons arrêtés me posent plein de questions : « Tu t’es déjà fait arrêté ? Tu penses qu’ils vont nous garder longtemps ? »

Leurs visages se figent un peu lorsque je leur dis que nous risquons de passer la nuit en garde-à-vue. Tous ont encore la rage, mais la peur du fatidique « casier » prend peu à peu la place. Pour d’autres, c’est une autre menace qui les inquiète : « Putain, mes darons vont me déchirer quand ils vont savoir que je suis au poste ! »

Pendant ce temps, les hyènes font leur sale taf, remplissent leurs papiers, pour savoir quel BACeux a fait telle prise. Et vas-y pour la prime de « BAC17 »… « Et toi « BAC14 », c’est lequel que t’as chopé ? » ; « A quelle heure les arrestations ? » ; « Mais nan, c’était une heure plus tard ! », « Bon vas-y, c’est pas grave, on verra ça après. » Ce métier de rêve…Ces têtes de bourrins analphabètes qui ont tout pouvoir pour nous envoyer au ballon…

Quelques minutes et une bonne dizaine de remarques homophobes plus tard, le commissariat délabré en plein quartier de bourge. Puis une heure après, le transfert au dépôt. En sortant, un regard vers les copains et copines qui ont eu la gentillesse de venir devant le poste, le temps d’un signe et d’un sourire crispé. Le dépôt…une des taules les plus dégueulasses d’Europe, selon les mots d’un rapporteur pour la commission européenne. Retour en terrain connu…

à, à vingt dans une pièce carrée ; « Salut, t’es là pourquoi ? Manif, sérieux ?! Check mon frère ! Ils t’ont chopé quand toi ? » La plupart sont là pour came ou tise au volant. Certains ont goûté à la taule, disent qu’ils la préfèrent à la garde-à-vue… d’autres craignent d’y aller ; les plus bavards et les plus âgés animent la discussion. Ca part sur l’Etat, les condés « qui bandent à chaque arrestation », ce pays de merde, la justice qui nique sa mère ; quelques petits mots sur le capitalisme. On est à peu près sur la même longueur d’onde. Derrière un petit muret d’un mètre de haut qui sert de séparation de fortune, un type gerbe tout ce que son corps contient. L’air devient vite irrespirable et l’homme a l’air très mal en point, semble à deux doigts de s’étouffer dans son vomi. On appelle à l’aide, une flique vient pour évacuer la personne malade et nous changer de cellule, « parce que vous êtes des êtres humains quand même »…Quelques sourires, des messes-basses assez explicites à propos de la femme…

La discussion change, ils parlent de la fin du monde maintenant. Là, quelqu’un lance : « Moi je vais vous dire c’que c’est la fin du monde pour moi. La fin du monde, c’est quand la femme se met avec la femme, et l’homme avec un autre homme. Ca c’est la fin du monde, les frères ». Signes de la tête des autres, approbateurs. Et merde, c’était pourtant pas si mal parti. Ensuite ça enchaîne sur le salaire des stars, des footballeurs, sur les Juifs, forcément…qui détiennent le pouvoir, qu’on voit partout à la télé, etc. Remerde… toutes ces remarques à la con qui font que je déteste les flics (entre autres griefs), mais qui sont loin d’être leur monopole. Je n’ai ni la force ni le courage de me faire traiter de « sale sioniste » ou de « sale PD » ; je la ferme, lâchement et malgré moi, et tente de me reposer un peu.

Une demie-heure plus tard, c’est la fouille. Puis on me place dans une cellule à trois « couchettes » superposées. En fait de « couchettes » ce sont des planches en bois clouées perpendiculairement à l’axe du lit en fer. Mon dos s’en souvient encore…deux ans plus tôt, comme le temps passe… Déjà deux personnes sont là. L’un dort, ronflant comme un bébé, indiquant un profond sommeil que je lui envie. Le deuxième m’accueille avec un franc sourire : « Ah chef, ça fait plaisir que tu sois là, j’avais personne à qui causer ! ». Je n’aime pas qu’on m’appelle « chef », mais le type a l’air vraiment gentil. La conversation s’engage, nous sommes tous les deux dégoûtés de nous retrouver dans ce trou puant, avec cette bouffe infâme que nous refusons par principe. Lui n’a pas mangé depuis quarante-huit heures, c’est la première fois au dépôt. Il me confie qu’il n’a pas de papiers, qu’il est originaire de Kabylie. Sept ans à trimer comme un forçat en France ; le bâtiment, la restauration, maçon, livreur, un peu de tout. « J’ai tout essayé ici. J’ai jamais ouvert ma gueule ou quoi. Sept ans que je demande des papiers, pour avoir des aides, le logement, les soins ; juste vivre tranquille. On ne m’a jamais régularisé. La préfecture, elle ne répond pas aux lettres. Je connaissais personne en arrivant. Tous mes amis d’aujourd’hui, ils sont sans papiers. » Il me raconte un peu pourquoi il est parti d’Algérie, à cause des gendarmes. « Là-bas ils sont partout, surtout en Kabylie. Ils font ce qu’ils veulent ; quand ils t’arrêtent, même pour un rien, ils peuvent te tabasser, personne ne dit quelque chose. Je voulais partir pour respirer un peu. Quand je suis arrivé, c’était Jospin. Les flics faisaient chier déjà, mais aujourd’hui c’est pire. Quand je vois les flics dans la rue, je dois changer de trottoir ou faire demi-tour ; quand je vois un commissariat, je dois trouver un autre chemin. J’ai peur tout le temps. Et là, je suis ici juste pour une petite bagarre au travail. » Déjà deux reconduites à la frontière, il est revenu chaque fois. « Demain, peut-être, ils vont m’emmener au centre de rétention ». A ce mot, j’ai comme un malaise ; je repense de suite à ce foutu camp pour indésirables, à toutes les personnes qui y sont passées et s’y sont battues, aux témoignages. « Tu sais, moi je préfère ça à la limite ; au moins là-bas je pourrai fumer, marcher un peu, téléphoner. J’en ai marre de la France, je lui ai donné assez de mon temps. Les gens ici ne peuvent rien faire, et plus ils sont passifs, plus le gouvernement en profite pour les comprimer. Mais quand c’est trop, ça explose. En Kabylie, ça a explosé. »

On avait l’air de se comprendre. Je ne pensais plus au procureur que j’allais voir dans quelques heures, à mon éventuelle comparution immédiate. Ce type qui avait tout lâché en pensant vivre un peu mieux en France, et qui se retrouvait au trou, contraint bientôt de repartir pour une région où rien n’y personne ne l’attendait. Il portait la figure même de l’apatride, oppressé ici, malheureux là-bas. Il n’avait presque plus rien. Juste l’habitude de faire face à l’adversité. Nous n’avons pas dormi. En fin de matinée, les flics vinrent me chercher. Nous passâmes à quatre devant une procureur qui ne nous regarda même pas, et expédia notre affaire, déchirant des papiers, nous disant en forme de menace que l’on serait peut-être convoqués par la suite. Pas de procès-verbal de garde-à-vue, rien. En repassant devant la cellule, je m’arrêtai pour échanger un dernier mot avec le compagnon, lui souhaiter courage. Un léger sourire, une poignée de main à travers la porte. Il s’appelait Ahmed, je ne le reverrai probablement jamais. Il est des rencontres qui sont des leçons, à vous donner l’envie de continuer le combat.

Pour une société sans prisons, sans flics, sans remarques homophobes et antisémites. Sans frontières.

Tuesday, October 20, 2009

Je tuerai la pianiste




















Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour de ma vie
Chaque semaine, chaque mois

Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
En dehors de ça

Et quand ce sera fait
Que le jour sera levé
Sur le satin de ses méfaits
Comme une pierre soulevée

Où grouille la vermine
Dans le champagne et l'caviar
Dans son manteau d'hermine
On pourra la voir, le corps abîmé

Au fond de sa baignoire
Blanche comme un lys
Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi

Chaque jour que Dieu fait
Chaque semaine, chaque mois
Et quand ce sera fait
Que le jour se lèvera

Par l'entrée des artistes
Quand on saura que c'est moi
Alors je m'en irais
Je la couvrirai d'or

Alors je m'en irais

(Manset/Roussel/Bashung)

Monday, October 05, 2009

« Rugosité du désir et frottements de l'amour »

« Les embardées sur les routes américaines et l'enfance violente. La rugosité du désir et les frottements de l'amour. Une telle errance ne peut que heurter le politique. Car chaque mouvement du corps s'accompagne de l'élan de la conscience. Et l'acte sexuel devient aussi mouvement de la pensée. Un geste politique libérateur pour reconquérir les espaces auxquels nous n'avons pas accès. »
Lucille Calmel

Thursday, September 17, 2009

Glucksamschlipszig : Le roman du Gluck, L’Esprit frappeur, 2003.

Seul, il lui aurait fallu un effort inhumain pour sauter du manège où il vivotait en rond depuis des décennies. Mais ils finissent par vous en expulser. Le système vous dégueule un petit matin sur le trottoir avec un sac en plastique à la main et ce bon de sortie que vous devez faire viser par les autorités compétentes, par le JAP de votre quartier, par le brigadier-chef de Gendarmerie, par l'assistante sociale, l'éducateur, le directeur de l'ANPE...
Comme Jean Valjean, un véritable passeport de relègue.
Ils ne vous ont pas prévenu du comment serait ce dehors. Ils s'en foutent pas mal. Bien sûr vous connaissiez, mais voilà, les souvenirs sont devenus phantasmes.
Nuit après nuit, le dehors a fusionné aux rêves. Lorsque le prisonnier circule d'une prison à l'autre dans son grand car bleu, il regarde et croit constater que rien n'a changé, à part quelques modèles de bagnole et certaines dispositions des carrefours.
Mais c'est une illusion. Un piège. Plus rien n'est pareil. Ils sont trompés. Ils tournent et ils croient que dehors ils tournent avec eux. Solidaires. Quelle idée ! Dehors, ils sont toujours à fond la caisse, même le plus impotent des impotents file ses quarante noeuds, toute voile dehors. Quand ils viennent vous voir au parloir, dès qu'ils vous touchent, vous ressentez un choc. C'est la vitesse. Le décalage.

Jann-Marc Rouillan

Wednesday, September 16, 2009

Quand il y en a un ça va...


http://racailles.lescigales.org/
http://unicaen.free.fr/documents/Racailles49.pdf

Sunday, September 06, 2009

La familha Artùs

La familha Artùs

Saturday, August 29, 2009

Vous avez fumé de l'alcool ?

Rue Montmartre, devant le 93. Pied de grue, j'attends une copine depuis une bonne heure. Il est minuit et des poussières. Un véhicule policier s'arrête derrière une petite demi-douzaine d'autres véhicules en situation irrégulière : stationnés devant la boite et les bars de la rue, là où il n'y a pas d'emplacements prévus pour eux. À cette heure ils ne gênent plus la circulation raréfiée, mais il gênent... Légère tension, on voit quelques personnes entrer dans les différents bars prévenir les propriétaires qu'il va falloir dégager... vite !

En effet deux policiers et une policière s'attellent déjà à cette tâche ingrate, mais rénumératrice en bons points, qui consiste à transcrire tout un tas d'informations et d'indices (plaque minéralogique, modèle, couleur, situation dans la rue, article du code de la route enfreint,...) afin de verbaliser le propriétaire absent dudit véhicule. Sauf que les propriétaires arrivent, et en ordre dispersé, certains commencent déjà à partir.

Alors moi, bon citoyen, j'encourage ces forces de l'ordre visiblement à la peine avec quelques injonctions diverses et variées : "allez on se dépêche ! ils vont tous partir !"

Visiblement mon ton n'a pas été compris :
- Non ! On est déjà passé et ils étaient déjà là !
- Mais voyons monsieur l'agent, je suis là depuis plus d'une heure, et à part un véhicule de police qui est passé, il y a vingt minutes, sirène hurlante et gyrophare enclenché, en situation d'urgence donc, je n'ai vu aucun autre véhicule de police.

Anéfé, quelques minutes plus tôt les occupants des trottoirs s'étaient retournés au passage d'un véhicule de police, accompagnant ce mouvement, pour certains, de gestes et/ou de paroles déplacés et adressés à ses occupants « Quelle bande de gros XXX ! Tout ça pour s'arrêter 100 mètres plus loin devant leur commissariat ». (Non monsieur le procureur je n'ai pas retenu leurs corpulences, tout ça s'étant passé très vite, la voiture roulant vite, anéfé par définition.)

- Haha et bien justement c'était nous !

Je comprends que je fais perdre du temps à ces braves fonctionnaires et décide de conseiller plutôt le dernier automobiliste dont le véhicule est l'objet de toutes les attentions, les autres véhicules ayant déjà disparu... :
- Tu étais à l'arrêt et pas en stationnement, tu devrais partir... maintenant ! Car ils et elles n'ont pas fini de remplir le ticket de bon point qui te concerne ! Je peux te servir de témoin au besoin (en situation d'urgence comment avoir noté que CE véhicule était déjà là il y a vingt minutes au milieu d'autres ??...)

L'agent revient vers moi, excédé :
- Mêlez vous de ce qui vous regarde.
- Mais justement ça me regarde : je suis témoin.
- Vous avez vos papiers ?
- Non.
- Haaa alors restez là. Une fois qu'on en a fini avec cette voiture, vous allez venir avec nous.
- Non.
- ?? Vous avez fumé de l'alcool ?
- .... mouaaaaaaaahahahaa
- Je veux dire...
- Oui c'est çaaaa "j'ai fumé de l'alcool" mmmpoufffmm...

Je m'auto-soustrais au controle d'identité (je m'éloigne quoi), en réfléchissant que ce brave homme allant commettre un abus de pouvoir (pas d'infraction commise, ni à venir) j'agissais pour le bien être de la communauté pour éviter du papier gâché, du temps perdu pour l'administration, une possibilité de mauvaise notation pour cet officier zêlé, etc...

Dix minutes passent, ma copine arrive (enfin !!!) et je lui explique le topo : je suis "en fuite" en gros^^. Au loin j'aperçois les kisdés qui en ont terminé avec le pauvre gars qui n'a pas compris qu'il allait prendre pour tout le monde s'il ne partait pas pendant qu'il en était encore temps.

Les deux flics mâles, désoeuvrés sur le trottoir opposé au loin, m'observent fixement entrer dans la boite (ils m'ont reconnu).
- Messieurs, ce soir c'est contredanse, pour l'outrage faudra revenir !

Saturday, August 15, 2009

lzm2dir missing ?

unsquashfs -d /your/dir/ spoonwep2.lzm

Tuesday, August 11, 2009

Dans cet empire de ruines en perpétuelle rénovation

En dépit de la gigantesque dessaisie, de
l’inexplicable suspension qui frappe dé-
sormais tout ce qui est, le mécanisme uni-
versel continue à fonctionner comme si de
rien n’était. À tirer des traites sur notre iso-
lement.
Dans cet empire de ruines en perpétuelle
rénovation, il n’y a nulle part où nous puis-
sions trouver refuge ; et nous n’avons
même plus la ressource d’une désertion en
nous-mêmes. Nous nous trouvons livrés, en
deçà de toute décision, à une finitude sans
bornes, comme exposés sur toute la surface
de notre être.
[...]
Mais ce Néant-là est l’absolument réel de-
vant quoi tout ce qui existe devient fanto-
matique.

Tiqqun, Théorie du Bloom

Friday, July 17, 2009

[Resistons rezo] URGENT BESOIN DE SOUTIEN DE SUITE A LA BOURSE DU TRAVAIL

to resistons_ensemble@rezo.net
date Fri, Jul 17, 2009 at 4:36 PM
subject [Resistons rezo] URGENT BESOIN DE SOUTIEN DE SUITE A LA BOURSE DU TRAVAIL
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besoin de soutien le plus rapidement possible devant la bourse boulevard du temple, le campement risque fortement d'etre delogé à 18H aujourd'hui vendredi 17 juillet d'apres info sur place, nous ne sommes pas tres nombreux en soutient de ceux qui refusent de lever le camp et qui ont besoin du plus grand nombre possible.
faites paser le message au maximun via texto et net.
merci.