Thursday, September 17, 2009

Glucksamschlipszig : Le roman du Gluck, L’Esprit frappeur, 2003.

Seul, il lui aurait fallu un effort inhumain pour sauter du manège où il vivotait en rond depuis des décennies. Mais ils finissent par vous en expulser. Le système vous dégueule un petit matin sur le trottoir avec un sac en plastique à la main et ce bon de sortie que vous devez faire viser par les autorités compétentes, par le JAP de votre quartier, par le brigadier-chef de Gendarmerie, par l'assistante sociale, l'éducateur, le directeur de l'ANPE...
Comme Jean Valjean, un véritable passeport de relègue.
Ils ne vous ont pas prévenu du comment serait ce dehors. Ils s'en foutent pas mal. Bien sûr vous connaissiez, mais voilà, les souvenirs sont devenus phantasmes.
Nuit après nuit, le dehors a fusionné aux rêves. Lorsque le prisonnier circule d'une prison à l'autre dans son grand car bleu, il regarde et croit constater que rien n'a changé, à part quelques modèles de bagnole et certaines dispositions des carrefours.
Mais c'est une illusion. Un piège. Plus rien n'est pareil. Ils sont trompés. Ils tournent et ils croient que dehors ils tournent avec eux. Solidaires. Quelle idée ! Dehors, ils sont toujours à fond la caisse, même le plus impotent des impotents file ses quarante noeuds, toute voile dehors. Quand ils viennent vous voir au parloir, dès qu'ils vous touchent, vous ressentez un choc. C'est la vitesse. Le décalage.

Jann-Marc Rouillan

No comments: