Monday, December 06, 2010
Wednesday, December 01, 2010
bavures structurelles
transcription rapide d'un extrait de l'émission "lundi matin" du 29 novembre 2010 sur radio libertaire 89.4MHz (vers 5mn30)
"quand on juge les autres sociétés on les juge sur ce qu'elles peuvent faire de pire. par exemple les sociétés avec un gouvernement islamiste, si elles sont capables de lapider les femmes adultères, c'est que la vie des femmes au quotidien ça ne doit pas être ça. la lapidation n'est pas un dérapage, ni un accident, ni une exagération, mais symptomatique de la structure des sociétés en question. un autre exemple : s'il y avait des goulags dans les sociétés communistes autoritaires ce n'était pas un accident ou une bavure, c'était structurel, c'était lié à la nature de cette société à sa conception. c'était logique qu'il y ait des goulags. Et c'est comme ça qu'il faut juger les "dérapages", les "excès" ou les "bavures" de notre société : ce ne sont ni des bavures, ni des excès, ni des dérapages mais c'est la logique, c'est la structure de notre société qui se dévoile."
Monday, October 11, 2010
Friday, October 01, 2010
Des images, aux interstices de l'histoire

« Nous somme hantés par un peuple d'images, si vous entendez hanter comme quelqu'un d'antan l'aurait entendu, c'est-à-dire habité tout simplement... » Deligny.
Voilà déjà plus d'un siècle que l'industrie du cinéma occupe notre imaginaire, détermine nos sensibilités, construit notre rapport à l'histoire comme une machine de guerre dont la force serait de ne laisser derrière elle aucune marque visible.
Un arsenal diront certains, dont l'objet ne serait plus de produire des bateaux de guerre, mais des films qui comme des obus de marine font le vide dans les têtes qu'ils remplissent de leur souffle surchargé, sans donner la mort, sans même que l'être sidéré, assujetti aux images, s'en aperçoive.
C'est une drôle d'analogie nous dira-t-on, d'associer si directement la question du cinéma à celle de la guerre, une analogie qui s'appuie pourtant sur les fondations même du régime de l'image cinématographique qui depuis son origine jusqu'à ses formes les plus contemporaines a été pensé comme outil de propagande, comme une arme capable de produire de l'histoire, de déterminer des sensibilités, de garantir en somme les objectifs essentiels de la guerre moderne. C'est bien sûr à cet endroit que réside la puissance des images, la puissance du cinéma, ce qui en fait un objet irrémédiablement politique.
Le cinéaste qui accepte de se plier intégralement aux règles de l'arsenal cinématographique, accepte de devenir un agent de cette histoire, celle dont a besoin ce même arsenal pour assurer le maintien des conditions existantes.
Une des dernières opérations en cours, qui d'ailleurs semble vouloir se prolonger, tente de conjurer définitivement la question de la violence politique au moment même où elle repose tout à la fois sous des formes anciennes ou totalement renouvelées.
Il suffit de voir avec quelle fortune se multiplient depuis deux années les films qui s'emploient à s'emparer - et non à restituer - des expériences de groupes de lutte armée, dont l'émergence a pu heurter un temps frontalement certaines formes de domination, ou bien encore d'assauts menés conséquemment et plus récemment contre l'Empire.
Il s'agit alors de produire des images-écran susceptibles de travailler notre rapport au réel, au sens où elles participent à la remodélisation des imaginaires et où elles opèrent de manière quasi chirurgicale la mémoire collective. Ainsi convient-il de frapper les esprits d'amnésie, de les sidérer littéralement par la lumière aveuglante du Spectacle. Quand les techniciens du storytelling à la sauce hollywoodienne entrent dans le bal, cela donne la magistrale leçon de genre qu'est Bataille à Seattle de Stuart Townsend (2008). Qu'on songe un instant que le Pentagone multiplie les rencontres avec des teams de scénaristes patentés, notamment par le biais de l'Institut for Creative Technology, pour conduire cette politique d'« inception » généralisée et l'on se prend effectivement à rêver... ou plutôt à cauchemarder. Au lendemain du 11 septembre, une « task force » qui regroupe des militaires et des professionnels du cinéma a ainsi été mise en place avec pour objectif officiel la recherche d'idées sur ce qui menace l'Amérique.
Mais, on ne détermine pas qu'en Afghanistan... Pour suite à une opération de captation langagière qui transformait le mouvement anti-mondialiste en une palinodie altermondialiste dont on appréciera la puissance de renversement et le coefficient de positivité, il était nécessaire de graver sur l'écran blanc des mémoires évidées une histoire à la mesure de la grande Histoire de l'Amérique. Cela donne donc Bataille à Seattle, une fable à la hauteur de la force de neutralisation du nihilisme démocratique dont l'objectif est d'oblitérer toute la force d'irruption de l’évènement, de discréditer toute forme de violence politique.
Nous sommes en hiver 1999 au sommet de l'OMC à Seattle autour duquel s'organise une importante manifestation qui marqua les débuts du mouvement anti-mondialisation. Le film retrace, en utilisant des images d'archives et des séquences de fiction, les parcours croisés de quelques personnages censés renvoyer aux différentes formes d'antagonismes manifestées lors de ces journées de basculement. Qu'y voit-on dès les premières images : une grue avec un homme debout, affublé d'un keffieh, barbu et chevelu comme il se doit, un christ en élévation venu restaurer par sa parole l'idéal démocratique. Pour lui et ses disciples, nouveaux apôtres de notre temps, il s'agit d'alerter les grands dirigeants sur la misère qui frappe les pays du Sud et très certainement de « moraliser un capitalisme » gangrené par les forces du mal, à savoir la finance et ses excès. Face à eux la police de l'Empire et en particulier un flic dont la femme, emportée malgré elle dans une manifestation, va être violemment frappée par un autre membre des forces de l'ordre et perdre l'enfant qu'elle porte.
Dans la tradition des plus habiles prêches évangélistes, par une subtile inversion qui vise à réconcilier l'Amérique avec sa jeunesse et à maintenir l'illusion démocratique, le côté obscur de la force s'incarnera là où on ne l'attend pas, c'est-à-dire du côté du flic dès lors possédé par l'esprit de vengeance. Tandis que notre christ en douleur poursuivi et battu sur le perron d'une église par l'officier déchaîné saura en bon pacifiste « pardonner à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font ».
Le mal dans dimension la plus condamnable se verra porté par une autre figure beaucoup moins présente à l'écran mais dont l'intervention n'en est pas moins déterminante. Il s'agit d'un membre du black block, présenté comme un anarchiste, dont l'action de destruction entraînera la réaction policière et la violence de cette réaction. Mais ce qu'on découvre très vite, c'est que cet encagoulé dissimule un policier infiltré pour faire dégénérer la manifestation. Ce propos on le connaît : c'était celui tenu par la sinistre Susan George (ex-secrétaire d'Attac) suite aux émeutes de Gênes en juillet 2001, un propos qui consistait, après la mort de Carlo Giuliani abattu par un policier, à affirmer que la violence ne pouvait pas être dans le camp des manifestants, et par conséquent que le black block ne pouvait être que l'oeuvre d'une machination policière destinée à entamer la crédibilité des opposants aux sommets internationaux.
Il y a bien là l'effet d'un manichéisme simplificateur. Les deux forces qui s'opposent ne sont pas différenciées physiquement mais plutôt par des formes de présence, d'intervention. Deux camps s'affrontent dans le film, celui de la démocratie qui compte parmi elle des activistes non violents, des hommes politiques ou des policiers contre un autre camp aux contours plus flous mais qui renvoie à la barbarie, dans lequel on retrouve également des hommes politiques mais ceux-là aveuglés par l'argent et le pouvoir, des manifestants aveuglés par la violence, des policiers aveuglés par le désir de vengeance pour peu qu'ils ne soient pas simplement des infiltrés.
De quoi nous instruit ce récit exemplaire ? De ce qui doit être condamné sans appel et qui met en péril réellement l'ordre du monde. C'est-à-dire de la violence transgressive qui peut s'exercer contre l'État démocratique présenté comme le régime de l'humain, lequel dialectiquement se fonde sur l'usage et la confiscation exclusive et sans partage de la violence. Les figures qui, en profanant cet état de fait, auraient porté cette violence seront en effet irrémédiablement condamnés à la déchéance, à la maladie ou à la mort.
Qu'on en juge par les différentes lectures cinématographiques proposées récemment des « aventures » de Carlos (Carlos, Olivier Assayas, 2010) et Baader (Der Baader Meinhof Komplex, Uli Edel, 2008) et de l'échec de la stratégie révolutionnaire de Prima Linea (La Prima Linea, Renato De Maria, 2010), dans l'Italie des années soixante-dix.
Ceci ne va pas non plus sans un oubli systématique de la portée collective de cette violence. Bien au contraire, une fois représentée à l'écran, elle ne peut s'enkyster que dans un ego boursouflé comme celui de Carlos ou de Baader, des singularités logées à l'enseigne de la folie, aveuglées par un fétichisme des armes, devenues objets phalliques de jouissance. « Fucking and shooting are the same » : s'exclame un Baader dont l'identité politique se voit continuellement dégradée. « Dis au chamelier qu'il m'emmerde, que nous on est des braqueurs de banques, des braqueurs de banques ... » ajoutera-il à l'attention des fanatiques, rigides et taciturnes moyen-orientaux qui l'accueillent dans leur camp d'entraînement et qu'on retrouve subtilement croqués dans Carlos.
Pourtant, rien ne peut sauver le personnage, pas même un imaginaire banditique entouré d'un sentiment de sympathie. Baader n'est plus l'icône pop, ni même le bandit qui s'en prend aux riches pour sauver les pauvres, il est réduit à celui qui tue pour tuer, celui qui a « perdu son humanité ». La violence ne peut être et ne doit être que le fait d'un autre, quelqu'un dont tout m'éloigne, avec lequel je ne peux rien partager.
Derrière ces pathologies singulières, c'est la communauté qui disparaît, comme si le choix des gestes, des pratiques, surtout si elles recourent à des formes de violence, ne peut être qu'individuel, nourri par un régime d'intensité relevant de la folie pure. Tout au plus, si la communauté de lutte perdure, elle ne peut persister que sous la forme de la communauté séparée, donc vidée de sa puissance comme le martèle la parole prophylactique qui structure La bande à Baader ou encore Prima Linea. Cette communauté est alors en proie à la déréliction, minée par le doute - toujours salvateur - qui ouvre parfois la voie à la rédemption. Mais celle-ci n'est rendue possible que par le reniement, l'abjuration ou la dissociation, alors il convient d'avouer qu' « on s'est trompé » si l'on veut réintégrer le monde démocratique.
Le « désastreux et vulgaire » film sur Baader et le « sublime film d'auteur » d'Assayas montrent en réalité des structures narratives très similaires qui se répondent point par point... Leur logique obéit à cette volonté d'écrasement des subjectivités qui nous force à introjecter la vulgate démocratique et doit-de-l'hommiste. Un discours anesthésiant et policier qui vise à nous dessaisir de toute forme de conflictualité au profit des écrans et du droit.
Cette opération aux déploiements multiples mais toujours dirigée vers une seule et même idée, celle de la conjuration, laisse toutefois à penser que quelque chose du passé est en train de ressurgir autour de la question de la violence politique. Il est vrai que la situation d'effondrement dans laquelle les pays occidentaux tombent les uns après les autres semble propice à l'irruption d'une violence proportionnelle à celle qu'engendre cette situation qui brise des populations entières. Mais alors, s'il y a bien une image du passé qui ressurgit et qui contient l'idée que la violence légitime portée par l'État doit nécessairement se retourner contre ceux qui en usent, il est d'un enjeu capital pour l'Empire de contenir cette image avant qu'elle ne trouve écho dans le réel, qu'elle ne crée une brèche dans le présent. Certains disent que c'est dans l'interstice que se joue la puissance du cinéma, c'est-à-dire entre ce qui est donné à l'écran, compris dans un cadre physique et narratif bien précis, et l'espace-temps mental qui transcende ce cadre, mais aussi dans le conflit entre les plans eux-mêmes, dans la brutalité des raccords, et dans un rapport au temps qui dépasse une linéarité subie, qui la malmène, qui permet de s'en saisir. L'interstice est cet espace où l'image cinématographique vient hanter les êtres, les lier au monde. Ce qui hante, c'est ce qui vient travailler l'imaginaire, et plus particulièrement ce qui dans l'imaginaire déborde dans le réel. Alors, peut-être, c'est au même endroit que doit se jouer le rapport entre les générations, c'est-à-dire aux interstices de l'histoire, là où peut se trouver un rapport au temps sur lequel avoir prise, un rapport au temps non plus linéaire mais construit autour des champs de résonances des choses entre elles. Nous affirmons la nécessité de mettre en circulation des montages temporels pour toute réflexion sur le contemporain. Il s'agit de repenser nos propres projections à travers la manière dont un passé réminiscent peut rencontrer le maintenant afin de provoquer une déflagration susceptible de libérer notre avenir. Affirmer et assumer que notre façon d'imaginer est politique. Nous n'attendons pas du cinéma qu'il nous persuade qu'un autre monde est possible mais qu'il nous rappelle et qu'il accompagne l'idée que toutes les zones libérées des territoires géographiques et mentaux ont besoin d'être défendues, en guérilla, pour subsister et s'étendre.
Quel saut elliptique pourrait rapprocher les jacqueries paysannes de la révolution de 1917, pour que ces deux moments ressurgissent dans le présent, non comme un éternel recommencement, mais plutôt comme des forces, des puissances capables de se connecter à celles déjà en présence pour se déverser sur l'époque ? Prendre à revers l'histoire donnée par la domination : c'est dans cette perspective qu'il faut repenser une forme offensive du cinéma, dans une opiniâtre mise en relation de l'autrefois et de l'actuel. Le cinéma est sans doute un des lieux de cette rencontre aux interstices de l'histoire, le lieu d'un « rendez-vous secret » au sein duquel ce qui du passé est en train de ressurgir n'est plus re-présenté mais donné au présent, chargé de conséquences.
Texte trouvé dans Rebetiko n°7, lui même trouvé dans un hall d'immeuble.
Sunday, September 05, 2010
L'ombre éclipse le mensonge
Procès Sarkozy/Hamé de La Rumeur
« Au fond de ce bagage, la coupure tachée d'un journal où s'étale le résumé du procès des agitateurs d'une usine embrasée. C'est une valise dans un coin, qui hurle au destin qu'elle n'est pas venue en vain. » Hamé, "Le cuir usé d'une valise", album L'Ombre sur la mesure.
Ceux qui ne peuvent se pas se faire récupérer par la société du spectacle, de Skyrock et de ses ondes, subissent la loi du pouvoir et des politicards s'imaginant maîtriser l'histoire. Mohamed Bourokba alias Hamé, membre du collectif de rap fils d'immigrés La Rumeur, de loin l'écrivain le plus doué et ardent de son courant musical, a gagné une bataille judiciaire de 8 ans contre l'État Sarkozyste. Le ministre de l'intérieur en 2002, aujourd'hui président, avait porté plainte contre un article de Hamé, dans le fanzine de La Rumeur (« Insécurité sous la plume d'un barbare ») qui mettait la police française en face de son histoire : l'assassinat de centaines d'immigrés venus travailler en France, puis ceux de leurs fils français. L'assemblée plénière de la cour de cassation, après une relaxe du tribunal de grande instance, puis deux relaxes de la Cour d'appel, a définitivement envoyé bouler Nicolas Sarkozy, et a donné raison au rappeur.
Ce jugement est sans précédent selon Dominique Tricaud, avocat de Hamé. Depuis l'écriture de la loi sur la presse en 1881, jamais dans l'histoire judiciaire de l'Hexagone les pouvoirs publics n'avaient pourvu deux pourvois en cassation contre un écrivain. Le pouvoir actuel prouve toute sa stupidité, et son aveuglement devant l'histoire, sa stratégie d'acharnement s'est retournée contre lui. Car ce jugement fait jurisprudence. Les jugements de l'assemblée plénière de la cour de cassation son rares, et font force de loi, en jugeant sur des questions de principe. Hamé vient de faire rentrer dans l'histoire les crimes de la police, les assassinats d'algériens d'Octobre 61, les massacres d'Ouvéa en 1988, les bavures policières d'Aulnay-sous-Bois, de Villiers-Le-Bel... Ce n'est plus une diffamation d'en faire porter la responsabilité sur l'État français. Reste encore, pour que justice soit faite, à ce que cette histoire soit écrite.
Elie Octave in L'Autre Ment, L'actualité vue d'en bas, n°1.0, Août-Septembre 2010.

Tuesday, August 17, 2010
dieu est morte...

Dieu est morte brûlée au moyen-âge. Dieu est mort d'une balle dans la nuque à Auschwitz. Dieu est morte violée et démembrée en Algérie, au Rwanda et en Yougoslavie. Le #pr ? Le président de LA république laïque ? Ce bigot hilare qui joue la haine de tous contre tous ? Ce mec n'est rien. Il est le néant de mon humanité.
Tuesday, July 27, 2010
Friday, July 09, 2010
Face à la police, il met sa vie en jeu, il meurt
Jeudi 1er juillet à Draveil (Essonne), un homme de 28 ans fuit à la vue de la police, les flics le poursuivent, il se jette dans la Seine pensant leur échapper en rejoignant l’autre rive, mais il s’y noie.
L’homme était clandestin. Une vie précaire face à un État qui juge indésirable, organise la chasse et l’enfermement, la menace est permanente… au point de risquer sa vie, avec la mort au bout. Pourquoi la police fait-elle si peur? Avril 2004: Mickaël, mai 2006: Fethi, juin 2006: Vilhelm, avril 2008 Baba, noyé en fuyant la police. Chunlan Liu, Reda, morts en tentant d’échapper à cette chasse à l’homme…
Monday, June 21, 2010
Aller (se) voir chez les Grecs
« C'est le début d'une guerre ». La citation - d'une bien nommée Hélène, simple manifestante - a fait le tour de la presse française après la journée de grève générale du 5 mai dernier en Grèce. Une guerre, et civile qui plus est, comme celles qui ont cours dans ces pays lointains et dont on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants, ni quels en sont les gentils et les méchants - une guerre, vue de France, ça laisse toujours un peu interloqué.
Et pourtant, la Grèce est bien dans l'Union Européenne, et du bourdonnement qui accompagne le conflit émergent des mots qui résonnent familièrement à nos oreilles : austérité, inflation, État providence, répression, dette publique. Certes, un docteur en économie pourrait disserter des heures, chiffres à l'appui, pour démontrer que la Grèce n'est pas la France, que l'industrie blablabla, que les credits ratings blablabli, que le taux de chômage, que le PIB, que sais-je encore. Mais la question économique est en vérité une affaire bien moins savante, bien plus terre à terre. C'est par exemple savoir quel genre de job on va être obligé d'accepter pour pouvoir manger, quelle assurance on va avoir d'accéder à des services de santé, dans quelle baraque on va pouvoir habiter, etc. C'est aussi une affaire de sentiments : la rage de voir que certains s'en tirent très bien et font leur huile d'olive sur le dos des autres, le malaise qui pointe quand on se demande à quoi ça rime cette vie.
Vu comme ça, il semble que les préoccupations des Grecs qui descendent « faire la guerre » dans la rue recoupent assez exactement celles qui ont cours par chez nous.
Et puis ici et là-bas le même discours sur la crise économique devant laquelle on devrait se serrer la ceinture, qui vient justifier les politiques « de rigueur ». Au pays de l'État social, on ne s'attaque pas encore au SMIC, mais la retraite prend un coup de vieux, et les recettes qui auront « fait leurs preuves » au pays de Damoclès nous pendent au nez - après tout la Grèce a inventé la démocratie, elle peut aussi bien exporter sa politique sociale. La Grèce a aussi inventé la guerre civile, et la politique s'y vit avec un peu plus de passion qu'ailleurs. A tel point qu'on entend parler ici ou là de situation insurrectionnelle. Un insurrection, vue de France, ça laisse un peu interloqué, mais quand même... Il y a comme une espèce de fond de sympathie qui accueille les nouvelles du fond grec, quand les ministres sont chahutés dans la rue et chassés des lieux publics, quand les manifs demandent la tête des banquiers, ou même devant les images de flics transformés en torches humaines. Depuis le temps qu'on entend ici « ça va péter », dans les petites phrases et les slogans ronflants, c'est rassurant de voir que ça pète vraiment ailleurs. La Grèce, c'est surtout ça : la preuve qu'on peut encore se révolter.
In Chants de la plèbe, REBETIKO, n°6, trouvé dans un hall d'immeuble
Friday, May 28, 2010
loser loser

combattre à tout prix
savoir perdre ou gagner
pantin pantin usé
tu te traines à leurs pieds
tu es aucun héros, aucun aventurier
ce que tes rues m'ennuient
tes combats aussi
ooh loser loser
oooh loser
oooh loser loser
ooh loser
heeeeyyy
conquistador blessé
jamais first-line
tu es l'avant passé
jamais best-of
driver de blues
sens-tu le breakdown ?
crache tes slogans usés
tu pues le breakdown
oooh loser loser
ohhh loser
oohh loser loser
hey loser
heeeeyy
onnnh ééh
toutes tes causes perdues
loser
allez colle ton lüger
loser loser
ooarrrhhh
ohh loser loser
loser
loser loser
loser
oooorraaa
conquistador blessé
jamais first-line
tu es l'avant passé
jamais best-of
driver de blues
sens-tu le breakdown ?
crache tes slogans usés
tu pues le breakdown
ohh loser
ohhh loser loser
loser ohhhh
loser loser
woaaaaa
WC3 / moderne musique / Breakdown (Combat)
Wednesday, April 28, 2010
Pourquoi nous devons libérer les incarcérés de Villiers-le-Bel.
Texte trouvé ici : http://www.soutien-villierslebel.com/textes.html
Le 21 juin prochain, ce ne sera pas l'été, ce ne sera pas la fête de la Musique; ce sera l'ouverture du procès de nos amis, de nos frères. Maka et trois autres de Villiers-le-Bel devront répondre de l'accusation d'avoir tiré à la chevrotine sur la police durant les émeutes de novembre 2007. Le scénario est déjà écrit : après l'opération de communication de février 2008 – 1500 hommes en armes dans la cité avec journalistes embarqués -, après les « sanctions exemplaires » exigées par Sarkozy, après les condamnations démesurées des émeutiers au printemps dernier – 3 ans ferme pour jet de pierre -, ce sera le procès de la « banlieue-tueuse-de-flics », chargé de réconcilier le pouvoir avec l'électorat du Front National et tous les flippés de France.
On négligera que les deux seuls morts dans cette affaire, ce sont Lakhamy et Moushin, deux adolescents tués dans un curieux « accident » avec une voiture de police. On fera semblant d'oublier que les secours à peine arrivés, un porte-parole du ministère de l'Intérieur annonçait déjà aux médias que les policiers n'étaient pour rien dans ces morts. On évitera bien d'évoquer que c'est le déferlement de cars pleins de CRS sur la cité qui a déclenché l'émeute. Puisqu'il faut des « coupables » sur qui déchaîner la vengeance de l'Etat, il faut un procès, un procès pour l'exemple. En l'absence de la moindre preuve, ce sera un procès de témoignages, ce sera parole de flics et de délateurs anonymes rémunérés contre parole de « jeunes », devant un jury d'assises.

Jusqu'à la mort de Lakhamy et Moushin, Villiers-Le-Bel, c'était une petite ville discrète du Val d'Oise la gare, la Cerisaie, la ZAC, le PLM, les Carreaux, les Burteaux... Depuis les émeutes, Villiers, ce n'est plus une ville, c'est un symbole, un enjeu, un fantasme. Le pouvoir y projette toutes ses angoisses sécuritaires, et d'abord sa crainte qu'à l'occupation policière des quartiers réponde l'émeute organisée, que ceux que l'on braque au flash-ball depuis dix ans finissent par mettre les flics dans le viseur. Chaque soir de l'année, les boulevards de Villiers ne sont plus qu'un ballet des différents corps de police – UTEQ, gardes mobiles, CRS, BAC, etc. -, en attendant l'inauguration du nouveau commissariat de 360 hommes. C'est une expérimentation où l'on cherche à déterminer le niveau de pression policière, de provocations que peut supporter un quartier sans exploser. La sensation, ici, ce n'est pas de vivre en marge de la société, mais dans le laboratoire de son futur. S'il y a dans l'avenir proche un risque de soulèvement, ce qui est sûr c'est que c'est à Villiers que le pouvoir s'entraîne à le gérer. N'importe qui se promène ici dans la rue après 17 heures comprend: L'Etat et ses patrouilles de Robocops façon Gaza ne cherchent pas à ramener l'ordre là où règnerait le désordre, mais à provoquer le désordre au bon moment pour pouvoir être vu comme ceux qui ramènent l'ordre, quand s'approchent les élections.
En vérité, cette société est devenue si incapable de dire positivement ce qu'elle est ni ce qu'elle veut, qu'elle ne sait plus se définir que contre la banlieue. C'est pourquoi le pouvoir veut faire du procès de Maka et des autres le procès des « tueurs de flics » : pour souder autour de lui une société en perdition. Nos amis n'ont pas à payer pour cette perdition, ni pour le salut des gouvernants. Le procès qui leur est intenté ne vise pas, au fond, à établir la responsabilité d'actes précis, c'est le procès d'un événement dans son entier, et plus que d'un événement encore, celui d'une séquence historique. Une séquence historique qui s'est ouverte avec la mort de Zyed et Bouna et les émeutes de 2005, et que le pouvoir voudrait finir d'étouffer par un procès d'assises à grand spectacle.
Le problème, c'est que la rage et la révolte qui se sont exprimés là ne s'y laisseront pas étouffer. Un autre est que ces explosions-là ont résonné et résonnent encore dans bien d'autres coeurs que celui des dits « jeunes des cités ». Un autre encore est que cette nouvelle opération d'isolement est peut-être en passe d'échouer définitivement. Des cloisons se sont brisées, des mains qui se cherchaient à tâtons se sont trouvées.

Nous en appelons à tous ceux qui ne supportent plus l'occupation de nos vies par la police. Nous ferons tout pour que ce procès ne soit pas une nouvelle occasion de légitimer cette occupation par les désordres qu'elle produit.
Nous refusons que nos frères payent pour les angoisses des gouvernants. Cela fait déjà deux ans qu'on les tient enfermés. Nous refusons que des dizaines d'années d'emprisonnement soient distribuées sur la base de témoignages anonymes rétribués par la police. Nous refusons le scénario du gouvernement. Nous avons trois mois pour le chambouler.
Plusieurs dates sont déjà prévues dans cette tournée de soutien qui se déroulera du 20 mai au 15 juin 2010 et devrait déboucher sur un appel à manifester quelques jours avant le début du procès. Un programme partiel sera rendu public dans les semaines qui viennent. Prenez contact avec nous. Organisez des soirées de soutien, des débats, des projections. Rencontrons-nous.
Pour nous soutenir financièrement (avocats et campagne de soutien), vous pouvez obtenir les coordonnées bancaires du collectif de soutien de Villiers le Bel en écrivant à : respectveritejustice@gmail.com. Pour toute information concernant la tournée et pour communiquer les différentes initiatives : www.soutien-villierslebel.com.
Friday, April 02, 2010
la famille
« À nos yeux, les pulsions identitaires sont la peste de la pensée et des pratiques politiques : du nationalisme au patriotisme et au racisme, de l'intégrisme au localisme écologique, de l'individualisme possessif au corporatisme syndical, sans oublier le sexisme, ou la religion de la famille. Oui particulièrement cette institution familiale que la religion, le libéralisme, l'État... et Hégel considèrent comme la base de la société civile. »
« Dans la relation biopolitique, l'existence des pauvres est à considérer de façon globale. Nous pensons que, dans ces conditions, la révolte des pauvres, de véritables jacqueries, est aujourd'hui des évènements imminents, et se présente comme une échéance inévitable si l'on veut construire un terrain constituant, une ouverture politique pour les forces qui luttent contre la domination capitaliste, c'est à dire pour la construction d'un libre Commonwealth. »
Antonio Negri, in RiLi #16.
Friday, March 05, 2010
Extrait 35-49mn de AFPDR 02-03-2010
Extrait de l'émission "Au fond, près du radiateur" du 2 Mars 2010 : « Retour sur la grève des travailleurs sans papier de Multipro » sur http://RFPP.NET/ (106.3MHz) et http://www.aufondpresduradiateur.fr/

Extrait là => mp3-20meg
Sunday, February 07, 2010
Tuesday, January 05, 2010
Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent
Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable... Eh bien ! Vous n'avez rien fait !Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé ! Vous n'avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n'avez rien fait tant qu'il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n'avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l'âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l'usure dévore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes, tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n'avez rien fait, tant que l'esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux !
Victor Hugo « Discours sur la misère » 9 juillet 1849




Thursday, December 03, 2009
Le Golem qui vous pète à la gueule

Photo Non Fides IV
Tuesday, December 01, 2009
Un. Puis sept. Un éclair.
Paru dans Non Fides n°2

Un. Puis sept. Un éclair. « Allez toi, tu viens avec nous. » Pas le temps de parer, juste une fraction de seconde pour réaliser. On m’éloigne de la « zone rouge » ; face contre sol, la bouche contre le macadam, les mains dans le dos. De suite, les menottes. Quelques petits coups vicieux placés discrètement, des torsions de poignet, pour le plaisir. Ils me gueulent un tas de tendres mots : « Donne ton bras! Tu ‘bouge pas, tu bouge pas ! ». Soulevé, ils m’amènent derrière le cordon des casqués, à l’abri des regards. L’un d’eux, tête de mannequin reconverti, me fixe dans les yeux pour m’intimider. « T’es anarchiste toi hein ? J’suis sûr que t’es anarchiste ». Bien vu ducon, mais je ne vais pas te faire le plaisir de confirmer. « Tu sais pourquoi t’es là ? Tu ’comprends pas hein ? ». Jouer les ahuris, quelques minutes encore. «On t’a vu, on t’a repéré, on t’a filmé ». Ne pas réagir, ne rien répliquer. « Ca t’amuse de balancer des pierres sur des pères de famille ? ». La classique… pauvres flics armés et en armure des pieds jusqu’à la tête, qui jouent aux victimes de la violence populaire. Envie de me marrer, mais impossible. Ils commencent à comprendre qu’ils ont arrêté une sorte de statue. Alors ils la bouclent, me déposent contre un mur et me foutent la paix.
A côté de moi, une dizaine de compères qui n’ont pas eu de bol. Ils ont en plus le malheur d’être bavards, par fierté. L’un d’eux, à peine seize piges, se fait chambrer par les deux cowboys de service : « Alors, p’tit PD, tu fais moins le mariole maintenant que les copains sont plus là ! ». Il a le mauvais réflexe de leur faire remarquer qu’ils sont des branques et qu’ils ne savent même pas mettre des menottes. En effet, il a presque les mains libres. Les playmobiles, vexés par la pique, soulèvent le minot et lui remettent les pinces, serrées jusqu’au sang cette fois. Je vois les mains du compagnon devenir violettes en deux secondes. Des larmes de douleur lui viennent. Après dix minutes, les deux GM réalisent qu’ils y sont peut-être allés un peu fort ; ils desserrent les menottes, laissant sur les poignets du jeune homme les marques de leur connerie crasse.
De l’autre côté, cinq flics mettent la pression à un mec qui aurait mis un gros coup de latte à l’un d’entre eux. « Tu mets des coups à nos collègues, ça t’amuse fils de pute ? En un contre un, tu te la raconterais moins. » La plupart des interpellés n’ont pas l’air d’avoir déjà vécu ce type de situation. Mon silence m’a valu une sorte de « traitement de faveur », pas un de ces abrutis ne vient me chauffer. Une fois dans le « panier à salade », les garçons arrêtés me posent plein de questions : « Tu t’es déjà fait arrêté ? Tu penses qu’ils vont nous garder longtemps ? »
Leurs visages se figent un peu lorsque je leur dis que nous risquons de passer la nuit en garde-à-vue. Tous ont encore la rage, mais la peur du fatidique « casier » prend peu à peu la place. Pour d’autres, c’est une autre menace qui les inquiète : « Putain, mes darons vont me déchirer quand ils vont savoir que je suis au poste ! »
Pendant ce temps, les hyènes font leur sale taf, remplissent leurs papiers, pour savoir quel BACeux a fait telle prise. Et vas-y pour la prime de « BAC17 »… « Et toi « BAC14 », c’est lequel que t’as chopé ? » ; « A quelle heure les arrestations ? » ; « Mais nan, c’était une heure plus tard ! », « Bon vas-y, c’est pas grave, on verra ça après. » Ce métier de rêve…Ces têtes de bourrins analphabètes qui ont tout pouvoir pour nous envoyer au ballon…
Quelques minutes et une bonne dizaine de remarques homophobes plus tard, le commissariat délabré en plein quartier de bourge. Puis une heure après, le transfert au dépôt. En sortant, un regard vers les copains et copines qui ont eu la gentillesse de venir devant le poste, le temps d’un signe et d’un sourire crispé. Le dépôt…une des taules les plus dégueulasses d’Europe, selon les mots d’un rapporteur pour la commission européenne. Retour en terrain connu…
à, à vingt dans une pièce carrée ; « Salut, t’es là pourquoi ? Manif, sérieux ?! Check mon frère ! Ils t’ont chopé quand toi ? » La plupart sont là pour came ou tise au volant. Certains ont goûté à la taule, disent qu’ils la préfèrent à la garde-à-vue… d’autres craignent d’y aller ; les plus bavards et les plus âgés animent la discussion. Ca part sur l’Etat, les condés « qui bandent à chaque arrestation », ce pays de merde, la justice qui nique sa mère ; quelques petits mots sur le capitalisme. On est à peu près sur la même longueur d’onde. Derrière un petit muret d’un mètre de haut qui sert de séparation de fortune, un type gerbe tout ce que son corps contient. L’air devient vite irrespirable et l’homme a l’air très mal en point, semble à deux doigts de s’étouffer dans son vomi. On appelle à l’aide, une flique vient pour évacuer la personne malade et nous changer de cellule, « parce que vous êtes des êtres humains quand même »…Quelques sourires, des messes-basses assez explicites à propos de la femme…

La discussion change, ils parlent de la fin du monde maintenant. Là, quelqu’un lance : « Moi je vais vous dire c’que c’est la fin du monde pour moi. La fin du monde, c’est quand la femme se met avec la femme, et l’homme avec un autre homme. Ca c’est la fin du monde, les frères ». Signes de la tête des autres, approbateurs. Et merde, c’était pourtant pas si mal parti. Ensuite ça enchaîne sur le salaire des stars, des footballeurs, sur les Juifs, forcément…qui détiennent le pouvoir, qu’on voit partout à la télé, etc. Remerde… toutes ces remarques à la con qui font que je déteste les flics (entre autres griefs), mais qui sont loin d’être leur monopole. Je n’ai ni la force ni le courage de me faire traiter de « sale sioniste » ou de « sale PD » ; je la ferme, lâchement et malgré moi, et tente de me reposer un peu.
Une demie-heure plus tard, c’est la fouille. Puis on me place dans une cellule à trois « couchettes » superposées. En fait de « couchettes » ce sont des planches en bois clouées perpendiculairement à l’axe du lit en fer. Mon dos s’en souvient encore…deux ans plus tôt, comme le temps passe… Déjà deux personnes sont là. L’un dort, ronflant comme un bébé, indiquant un profond sommeil que je lui envie. Le deuxième m’accueille avec un franc sourire : « Ah chef, ça fait plaisir que tu sois là, j’avais personne à qui causer ! ». Je n’aime pas qu’on m’appelle « chef », mais le type a l’air vraiment gentil. La conversation s’engage, nous sommes tous les deux dégoûtés de nous retrouver dans ce trou puant, avec cette bouffe infâme que nous refusons par principe. Lui n’a pas mangé depuis quarante-huit heures, c’est la première fois au dépôt. Il me confie qu’il n’a pas de papiers, qu’il est originaire de Kabylie. Sept ans à trimer comme un forçat en France ; le bâtiment, la restauration, maçon, livreur, un peu de tout. « J’ai tout essayé ici. J’ai jamais ouvert ma gueule ou quoi. Sept ans que je demande des papiers, pour avoir des aides, le logement, les soins ; juste vivre tranquille. On ne m’a jamais régularisé. La préfecture, elle ne répond pas aux lettres. Je connaissais personne en arrivant. Tous mes amis d’aujourd’hui, ils sont sans papiers. » Il me raconte un peu pourquoi il est parti d’Algérie, à cause des gendarmes. « Là-bas ils sont partout, surtout en Kabylie. Ils font ce qu’ils veulent ; quand ils t’arrêtent, même pour un rien, ils peuvent te tabasser, personne ne dit quelque chose. Je voulais partir pour respirer un peu. Quand je suis arrivé, c’était Jospin. Les flics faisaient chier déjà, mais aujourd’hui c’est pire. Quand je vois les flics dans la rue, je dois changer de trottoir ou faire demi-tour ; quand je vois un commissariat, je dois trouver un autre chemin. J’ai peur tout le temps. Et là, je suis ici juste pour une petite bagarre au travail. » Déjà deux reconduites à la frontière, il est revenu chaque fois. « Demain, peut-être, ils vont m’emmener au centre de rétention ». A ce mot, j’ai comme un malaise ; je repense de suite à ce foutu camp pour indésirables, à toutes les personnes qui y sont passées et s’y sont battues, aux témoignages. « Tu sais, moi je préfère ça à la limite ; au moins là-bas je pourrai fumer, marcher un peu, téléphoner. J’en ai marre de la France, je lui ai donné assez de mon temps. Les gens ici ne peuvent rien faire, et plus ils sont passifs, plus le gouvernement en profite pour les comprimer. Mais quand c’est trop, ça explose. En Kabylie, ça a explosé. »
On avait l’air de se comprendre. Je ne pensais plus au procureur que j’allais voir dans quelques heures, à mon éventuelle comparution immédiate. Ce type qui avait tout lâché en pensant vivre un peu mieux en France, et qui se retrouvait au trou, contraint bientôt de repartir pour une région où rien n’y personne ne l’attendait. Il portait la figure même de l’apatride, oppressé ici, malheureux là-bas. Il n’avait presque plus rien. Juste l’habitude de faire face à l’adversité. Nous n’avons pas dormi. En fin de matinée, les flics vinrent me chercher. Nous passâmes à quatre devant une procureur qui ne nous regarda même pas, et expédia notre affaire, déchirant des papiers, nous disant en forme de menace que l’on serait peut-être convoqués par la suite. Pas de procès-verbal de garde-à-vue, rien. En repassant devant la cellule, je m’arrêtai pour échanger un dernier mot avec le compagnon, lui souhaiter courage. Un léger sourire, une poignée de main à travers la porte. Il s’appelait Ahmed, je ne le reverrai probablement jamais. Il est des rencontres qui sont des leçons, à vous donner l’envie de continuer le combat.
Pour une société sans prisons, sans flics, sans remarques homophobes et antisémites. Sans frontières.
Tuesday, October 20, 2009
Je tuerai la pianiste

Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour de ma vie
Chaque semaine, chaque mois
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
En dehors de ça
Et quand ce sera fait
Que le jour sera levé
Sur le satin de ses méfaits
Comme une pierre soulevée
Où grouille la vermine
Dans le champagne et l'caviar
Dans son manteau d'hermine
On pourra la voir, le corps abîmé
Au fond de sa baignoire
Blanche comme un lys
Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour que Dieu fait
Chaque semaine, chaque mois
Et quand ce sera fait
Que le jour se lèvera
Par l'entrée des artistes
Quand on saura que c'est moi
Alors je m'en irais
Je la couvrirai d'or
Alors je m'en irais
(Manset/Roussel/Bashung)
Monday, October 05, 2009
« Rugosité du désir et frottements de l'amour »
« Les embardées sur les routes américaines et l'enfance violente. La rugosité du désir et les frottements de l'amour. Une telle errance ne peut que heurter le politique. Car chaque mouvement du corps s'accompagne de l'élan de la conscience. Et l'acte sexuel devient aussi mouvement de la pensée. Un geste politique libérateur pour reconquérir les espaces auxquels nous n'avons pas accès. »
Lucille Calmel
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