Sunday, September 05, 2010

L'ombre éclipse le mensonge


Procès Sarkozy/Hamé de La Rumeur

« Au fond de ce bagage, la coupure tachée d'un journal où s'étale le résumé du procès des agitateurs d'une usine embrasée. C'est une valise dans un coin, qui hurle au destin qu'elle n'est pas venue en vain. » Hamé, "Le cuir usé d'une valise", album L'Ombre sur la mesure.

Ceux qui ne peuvent se pas se faire récupérer par la société du spectacle, de Skyrock et de ses ondes, subissent la loi du pouvoir et des politicards s'imaginant maîtriser l'histoire. Mohamed Bourokba alias Hamé, membre du collectif de rap fils d'immigrés La Rumeur, de loin l'écrivain le plus doué et ardent de son courant musical, a gagné une bataille judiciaire de 8 ans contre l'État Sarkozyste. Le ministre de l'intérieur en 2002, aujourd'hui président, avait porté plainte contre un article de Hamé, dans le fanzine de La Rumeur (« Insécurité sous la plume d'un barbare ») qui mettait la police française en face de son histoire : l'assassinat de centaines d'immigrés venus travailler en France, puis ceux de leurs fils français. L'assemblée plénière de la cour de cassation, après une relaxe du tribunal de grande instance, puis deux relaxes de la Cour d'appel, a définitivement envoyé bouler Nicolas Sarkozy, et a donné raison au rappeur.
Ce jugement est sans précédent selon Dominique Tricaud, avocat de Hamé. Depuis l'écriture de la loi sur la presse en 1881, jamais dans l'histoire judiciaire de l'Hexagone les pouvoirs publics n'avaient pourvu deux pourvois en cassation contre un écrivain. Le pouvoir actuel prouve toute sa stupidité, et son aveuglement devant l'histoire, sa stratégie d'acharnement s'est retournée contre lui. Car ce jugement fait jurisprudence. Les jugements de l'assemblée plénière de la cour de cassation son rares, et font force de loi, en jugeant sur des questions de principe. Hamé vient de faire rentrer dans l'histoire les crimes de la police, les assassinats d'algériens d'Octobre 61, les massacres d'Ouvéa en 1988, les bavures policières d'Aulnay-sous-Bois, de Villiers-Le-Bel... Ce n'est plus une diffamation d'en faire porter la responsabilité sur l'État français. Reste encore, pour que justice soit faite, à ce que cette histoire soit écrite.

Elie Octave in L'Autre Ment, L'actualité vue d'en bas, n°1.0, Août-Septembre 2010.




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